Ebay, PriceMinister, Amazon MarketPlace et quelques autres. De grands noms plein de promesses pour les consommateurs : des endroits d’une richesse extrême, qui laissent présumer qu’il est possible d’acheter un ou plusieurs éléments auprès de vendeurs, particuliers ou professionnels à des prix particulièrement bas.
Si la crise touche lourdement tous les secteurs, y compris celui du livre, ces sites Internet là sont naturellement protégés. Les analystes financiers ne s’y trompent guère, d’ailleurs, puisqu’ils estiment tous, de manière unanime (à l’exception d’Ebay « plombé » par des problèmes liés la direction actuelle), que ces sites Internet, qui disposent d’une large « place de marché », seront certainement ceux qui vont particulièrement bien résister à la crise générale économique dont nous ne connaissons certainement que les balbutiements.
Pourquoi ?
Si les ménages s’appauvrissent, ils vont être obligés de vendre leurs biens, à commencer par les CD, les DVD et les livres qui constituent leurs bibliothèques et leurs médiathèques personnelles. Les ventes vont se faire sur des moyennes qui s’affaissent au cours des semaines, de manière très nette. Parce que les plus pauvres n’auront pas le temps d’attendre que leurs CD, DVD ou leurs livres soient vendus à des prix plus élevés. Et dans un contexte de crise profonde, tel que celui dans lequel nous sommes plongés, il existera toujours quelqu’un de plus pauvre, de plus endetté, pour accepter qu’un livre ou un DVD soit vendu à un prix dérisoire. Dans le sillage de ce phénomène, les vendeurs professionnels, notamment les bouquinistes qui utilisent largement ces places de marché, seront eux aussi obligés de « s’aligner à la baisse », et de vendre toujours moins cher les livres dont ils disposent. Les bouquinistes, dont on ne parle jamais lorsqu’il s’agit du livre, jouent un rôle majeur dans la circulation du savoir, dans nos sociétés européennes. Leur situation n’a jamais été aussi fragilisée par la concurrence qu’ils subissent de la part des franges les plus pauvres de notre société, accablés par les dettes, et prêts à mettre en vente leurs livres à des prix modiques.
Seule constante dans tout cela : les marges sur les ventes, prises par les grandes places de marché, notamment Amazon ou Priceminister, ne vont guère évoluer à la baisse. Elles ont même tendance à augmenter régulièrement depuis plusieurs années. Pierre Kosciusko-Morizet (oui, il s’agit bien du frère de Nathalie Geneviève Marie Kosciusko-Morizet, actuelle secrétaire d’État chargée de l’écologie dans le gouvernement Fillon), PDG de PriceMinister, sait d’ailleurs très bien la période de crise profonde qui s’annonce lui est favorable. En témoigne le sous-titre de son interview accordée au Journal du Net en novembre dernier : Pour les meilleurs, la crise va être très profitable, indique-t-il. Toujours selon la même source, PriceMinister vise 30% de croissance en 2009, et surinvestit en communication, tout azimut, comme en témoigne les campagnes massives d’affichage dans le métro parisien. Puisque c'est « pendant les crises qu'on peut prendre des parts de marché ».
Les places de marché témoignent d’une très bonne presse auprès du public le plus large possible : reste que cette mise en concurrence de « tous contre tous », professionnels contre particuliers, particuliers pauvres contre d’autres plus pauvres encore, sur ces espaces, signifient avant tout « l’appauvrissment de tous par tous ». Il serait utile de commencer à s’en rendre compte.