Quatre éditeurs en garde à vue à Marseille
Par Joël Faucilhon le lundi, mai 18 2009, 16:52 - Le livre en France - Lien permanent
Héléna Autexier, Samuel Autexier, Johanna Bouchardeau et François Bouchardeau ont été arrêtés à leur domicile ce matin, et placés en garde à vue à Marseille, par la PJ de Marseille.
Héléna et Samuel Autexier sont responsables de la revue Marginales, anciens responsables de la collection qui porte le même nom chez Agone, Johanna et François Bouchardeau furent les responsables des éditions HB (fondées par Huguette Bouchardeau), jusqu’à cet été, date à laquelle, suite à des problèmes financiers, ils ont décidé de mettre un terme à la maison d’édition.
Il est reproché à ces quatre éditeurs, selon l’AFP (voir ici), d’avoir diffusé un tract « considéré comme une menace pour le directeur central du renseignement intérieur, Bernard Squarcini » (je cite toujours), lors d’une journée organisée en soutien aux personnes incarcérées dans l’affaire de Tarnac, le 8 mai dernier. Journée à laquelle était également présent Eric Hazan, gérant des éditions La Fabrique, entendu lui-même le 9 avril dernier par la sous-direction de l’anti-terrorisme de la Police judiciaire, en tant qu’éditeur du livre « L’insurrection qui vient », considéré comme une preuve à charge dans le dossier Coupat, s’il était entendu que Julien Coupat en était bien l’auteur, ce que personne, mis à part l’éditeur, ne sait pour le moment avec certitude.
Toujours selon l’AFP, le tract diffusé sur les marchés de Forcalquier le 8 mai dernier représente une menace dans la mesure où il est fait mention, dans ce dernier, de l’adresse d’une résidence secondaire de Bernard Squarcini, directeur central du renseignement intérieur.
Il est certainement utile de rappeler que Lekti-ecriture.com entretient des liens « historiques » avec Héléna et Samuel Autexier. En effet, de nombreux dossiers consacrés dans leur majorité à des écrivains étrangers, en libre accès sur Contre-feux, la revue littéraire de Lekti-ecriture.com, ont vu le jour grâce au travail d’Héléna et de Samuel. Il en est ainsi des dossiers consacrés à Harry Martinson, Borislav Pekic, Marcel Martinet ou le roman prolétarien suédois. Par ailleurs, Héléna et Samuel Autexier sont responsables de la revue Marginales, associée aux Espaces de l’édition indépendante de Lekti-ecriture.com.
Je dois exprimer ici tout mon attachement et mon amitié envers Héléna et Samuel Autexier, mais également envers Johanna et François Bouchardeau. S’ils sont un danger pour la République, il semble que nous ayons été nombreux à avoir été bien dupes et idiots, ne serait-ce qu’au niveau du monde du livre.
Les figures d’Héléna et de Samuel Autexier sont bien connues de la plupart des éditeurs et libraires français, pour leur travail au sein des éditions Agone, puis avec la revue Marginales. À tous ceux-là, ils semblaient côtoyer des éditeurs engagés dans une critique sociale radicale, fruit d’une longue tradition en France, mais certainement pas versées dans l’action violente.
En ce moment, un malaise profond gagne les éditeurs engagés dans la critique sociale de notre monde, depuis l’affaire Coupat.
En effet, François Gèze a publié voici quelques semaines un texte dans Le Monde, texte signé par de nombreux éditeurs, intitulé « De l’affaire Coupat à l’affaire Hazan ? », au moment où Eric Hazan était interrogé par les services anti-terroristes :
Cela, nous ne l’admettons pas : pour nous, l’édition est avant tout un espace de liberté. La question n’est pas d’être d’accord ou non avec les thèses du « comité invisible ». La question, c’est, très simplement, celle de la liberté d’expression, aujourd’hui gravement menacée en France par les représentants de son État, au nom d’une conception dévoyée de la lutte contre le terrorisme. L’« affaire Hazan » n’est qu’un des nombreux symptômes de cette dérive. C’est pourquoi nous tenons à affirmer notre pleine solidarité avec notre confrère.
Cliquez ici pour lire le texte de François Gèze dans son intégralité.
N.B. : le tract incriminé, distribué le 8 mai dernier, portait le titre suivant : « À qui le tour ? ».
Commentaires
être vigilant dans ce pays…
s’inquiéter du glissement fait avec un toupet, une vitesse, une grossièreté entre liberté d’expression et acte terrorisme.
Suivre de près ces arrestations d’Héléna Autexier, Samuel Autexier, Johanna Bouchardeau et François Bouchardeau et tâcher d’y comprendre quelque chose.
Prévenir le plus de gens possibles.
Nous sommes dans une politique de restriction progressive des libertés publiques et l’état par son attitude et les lois qu’il fait voter attente chaque jour un peu plus à la liberté des citoyens… Preuve en est la multiplication des fichiers, la loi HADOPI et pour finir cette arrestation pour avoir publié un tract…J’ai rencontré François et Huguette Bouchardeau et je souhaite leur apporter tout mon soutien dans cette lutte contre un état qui étouffe de plus en plus les libertés individuelles de tout un chacun.
François POPULO
JE SUIS TERRORISTE ET J’EXIGE QUE L’ON RESPECTE MES DROITS. JE SUIS TERRORISTE CAR JE SUIS ILLÉGAL AU VU DES LOIS SCÉLÉRATES DES SCÉLÉRATS. JE SUIS TERRORISTE PARCE QUE J’HABITE LA PLANÈTE TERRE ET QUE JE L’AIME. JE SUIS TERRORISTE PARCE QUE JE LIS DANS LES LIVRES LES PLUS BEAUX DES FRUITS. JE SUIS TERRORISTE PARCE QUE JE SÈME DES IDÉES NON GÉNÉRIQUEMENT MODIFIÉES. JE SUIS TERRORISTE PARCE QUE J’AI CENT PAPIERS ET AUCUN, CENT TERRES ET AUCUNE. JE SUIS TERRORISTE CAR LA DÉMOCRATIE NE DOIT PAS ÊTRE LA DICTATURE NI D’UNE MINORITÉ NI D’UNE MAJORITÉ MAIS BIEN LE RÈGNE DU DROIT. JE SUIS TERRORISTE PARCE QUE L’OGRE ANTI-TERRORISTE EST L’ARTISAN DE SA PROPRE MORT. JE SUIS TERRORISTE PARCE QUE JE FAIS PARTIE DU COMITÉ INDIVISIBLE DE LA VIE.
Je n’aime pas la violence, j’aime le calme, la distance avec les tentations de notre société, mondialisée, qui elle ne se prive pas de brandir partout des menaces de violence guerrière avec ses ventes d’armes, ses projets de suprématie économique sans tenir compte ni des cultures ni des besoins fondamentaux des peuples. Je suis poète et c’est plutôt la rêverie du promeneur solitaire et ses méditations bucoliques qui caractérise mon comportement d’auteur. Mais je suis profondément choqué de la “méthode” musclée d’arrestation à grand bruit médiatique de ces éditeurs qui, apparemment ne font que leur travail de mettre en circulation les idées qui germent dans notre époque et dans notre société. En effet, il n’est pas nécessaire d’être d’accord avec certaines idées pour admettre qu’elles ont le droit d’être éditées sans que leurs auteurs ou leurs éditeurs soient poursuivis d’une quelconque manière. cela est-il un signe de glissement vers un régime répressif qui se ferait passer pour le protecteur de la nation ? Si c’était le cas, je ne manquerais pas de réviser ma rêverie champêtre pour en faire un outil d’interrogation sur le sens politique de la liberté. Les nombreux artistes et intellectuels que je croise depuis près de quarante ans émettent de plus en plus de doutes quant à la garantie que doit apporter le gouvernement d’un Etat constitutionnel comme le nôtre, au fonctionnement démocratique, au débat d’idées et à la liberté d’expression. Des arrestations d’auteurs et d’éditeurs dans un contexte de crise économique dure et durable pourraient-elles être conçues pour fabriquer des cibles destinées à faire oublier les responsabilités politiques ou les impuissances de la politique à éviter les dégats de l’économie ? Ces arrestations visent-elles à faire peur à ceux qui oseraient penser par eux-mêmes ? ô, Socrate, toi qui nous enseigne depuis deux mille cinq cents ans le courage que représente le libre arbitre, ne t’efface pas des manuels scolaires pour que notre mémoire soit vivante, que ton esprit nous éclaire encore pour rester vigilant envers les tyrans qui déguisent leurs intentions et usent autant de la censure que de la force, en toute impunité, quand ayant modifié les lois en leur faveur, ils peuvent fabriquer des coupables pour exemple. De tels tyrans, s’il y en a, se heurteront à l’intelligence.
Sans oublier le nombre de collègues victimes de contrôles fiscaux peu après la sortie d’un ouvrage “tendancieux”, une autre forme d’intimidation très efficace ! Il faudra surveiller la grille de France Inter dès la rentrée pour voir jusqu’où osera aller ouvertement le pouvoir dans ses censures. Inquiétant, inquiétant…
Mais que se passe-t-il dans la pays des droits de l’homme? Où sont passés nos gardiens de la paix? Ils se sont mués en robocop semant la terreur sur leur passage. Insensibles à l’humour, impénétrables à la diplomatie, ils sont maintenant armés de taser et j’ai peur pour mon fils, pour ses camarades engagés dans les mouvements étudiants. Oh, ce n’est pas première fois que les policiers se font les complices des politiques les plus indignes. Faut-il rappeler le désastre des manifestations des Algériens du FLN à Paris. Le préfet Papon avait lâché les chiens. Il y a eu les rafles sous Vichy. Mais je croyais que nous étions entrés dans une ère de démocratie avancée. Ces derniers mois, une inquiétante dérive sécuritaire semble devoir faire basculer notre société dans le fascisme. Relire “La psychologie de masse du fascisme” de Reich constitue une urgence absolue. Ceux qui ne diront rien seront complices. A ces pratiques, il faut répondre par le courage et le premier courage est de signer les pétitions de soutien de son vrai nom. Les pseudos si souvent utilisés sur Internet sont une manière bien facile de se racheter une conscience.
Je ne partage sans doute pas toutes les idées des uns et des autres dans ces affaires, mais je constate qu’une curieuse ambiance est en train de pourrir la culture de notre pays. La presse, la radio et la TV ont des programmes en majorité composés de “faits divers”, de sport, et d’ obsèqueuses séances sur la ” famille royale” et ses affidés. Je suis tombé sur une petite comédie sur FR3 où l’on voyait la Reine recevoir des femmes directrices de journaux féminins en prenant le thé; hors comme par hasard surgit le président - visiblement harassè par sa lourde tâche -, qui embrasse sur la bouche sa femme, et…derrières les rombières de la presse n’en peuvent plus… La nausée.
Je m’étonne tous les jours de l’atonie des oppositions à tout ce manège, et je crois que les éditeurs et les auteurs, doivent demeurer les sentinelles qui accueillent et publient des textes “que l’on ne veut pas voir!”; c’est leur devoir et leur raison d’être!
Cette histoire montre, si besoin était, l’urgente nécessité de creer un, (ou plusieurs…), “ODTR”, a savoir: Observatoires de la Derive Totalitaire du Regime. Il est clair que le creusement de inegalités, (dont le G20 est le champion toutes catégories), implique toujours plus de controle social… c a d que la derive totalitaire parait inéluctable… sauf si nous réagissons !
Voir la photo disponible ici, http://dl.free.fr/uLuOQrXEK , prise a La Rochelle, lors de la visite de Xavier Darcos, le 21 mai. Il s’agit du gazage “a bout portant” de manifestants pacifiques, (enseignants et parents). L’image se passe de commentaires !
D’accord avec les commentaires qui précèdent. Les romains avaient le cirque et la plèble se tenait coite. Nous avons la télé et les nouveaux gladiateurs des stades de foot ou de rugby. Heureusement les “barbares” rentrent dans le jeu. Ca pétera un jour ou l’autre. Oui l’insurrection vient. Bravo Hazan, Autexier, Bouchardeau. Bien entendu je cosigne le tract de Forcalquier et je m’abonne à Marginales dont j’ignorais jusqu’ici l’existence.