Google, au delà de Google Recherche de Livres
Par Joël Faucilhon le mercredi, octobre 29 2008, 10:43 - La vie de l'Internet - Lien permanent
Hier, 28 octobre 2008, un accord a été trouvé aux États-Unis entre la société des auteurs américains (The Authors Guild) et le syndicat américain de l'édition américain, dans le procès qui les opposait à Google depuis deux ans.
Les raisons de ce procès sont relativement bien connues : il était reproché à Google de numériser des livres sous droit d'auteur sans l'accord des ayant droits, et de mettre à la disposition des internautes de courtes citations de ces livres, ce qui représentait une entorse grave à la loi sur le copyright, selon éditeurs et auteurs américains, alors que Google répondait qu'avec ces citations, la firme respectait la loi sur le Copyright, les extraits de livres rentrant dans le cadre du droit de citation. Voici pour le contexte.
Hier soir, fut trouvé un terrain d'entente entre auteurs, éditeurs et Google. Pour plus de détails sur cet accord, il est utile d'aller voir l'excellent (et très long) billet Olivier Ertzscheid, à cette adresse : http://affordance.typepad.com/mon_weblog/2008/10/google-books-le.html. Inutile de revenir dessus, compte tenu du travail de synthèse effectué par Olivier Ertzscheid. Peut-être simplement signaler qu'en fin de compte, après avoir payé la somme de 125 millions de dollars, Google se retrouve avec le droit de numériser l'ensemble des livres qu'il souhaite, y compris ceux protégés par la législation sur le copyright. Petit bémol : cet accord n'est valable que pour les États-Unis. Le Syndicat National de l'Édition (SNE) et la SGDL (qui regroupe les auteurs), en France, qui ont intenté le même procès à Google pour les mêmes raisons que son homologue en 2006, n'ont pas pour l'instant abandonné la partie.
Ces informations concernent le monde du livre. Mais il est nécessaire sans aucun doute de « faire un pas de côté » pour comprendre quelle logique sous-tend la stratégie du moteur de recherche, dont le projet Google Books n'est qu'une (toute) petite partie.
Le modèle économique de Google est celui de la publicité, depuis le départ. Perdre de vue cette idée simple, mais essentielle, ce postulat de départ, serait se priver de tout moyen de comprendre la stratégie globale du moteur de recherche.
Google a besoin d'espace. De plus en plus d'espaces pour afficher la publicité contextuelle (les fameux Adwords et AdSense), qui sont au cœur de sa stratégie de développement. Et il lui faut beaucoup d'espace, au moment où Internet devient un média de masse qui capte de plus en plus les grandes campagnes de publicité (Internet est devenu en 2007 le troisième support de publicité, derrière la presse et la télévision, et la part de l'Internet dans la publicité continue sans cesse de progresser, au détriment des autres supports).
Pour Google, ces espaces où la publicité peut être affichée sont essentiellement, pour l'instant, de deux types : les pages de résultat des moteurs de recherche (publicités Google Adwords), et les et les sites Internet qui présentent des publicités contextuelles Google (publicités Google AdSense).
Avec la montée en puissance du canal Internet, pour la publicité, Google a besoin, sans cesse, de nouvelles pages, quelles qu'elles soient, pour afficher les campagnes publicitaires de ses annonceurs.
Le risque, pour cette firme, serait de « manquer d'espaces », de pages Internet où placer Adwords et AdSense. C'est là un risque et un défi majeur pour Google. D'ailleurs, signe des temps, depuis quelques mois, une nouveauté discrète s'est fait jour : une barre défilante sur les publicités AdSense (celles qui figurent au sein des sites Internet qui prennent un accord avec Google), qui permet de placer plus de publicités sur un espace de même dimension, au sein d'un site Internet.
Le besoin de Google en contenus où placer de la publicité contextuelle est frénétique, à la mesure de la croissance exponentielle du marché de la publicité sur Internet. Et le risque de saturation des espaces où placer de la publicité est réel. C'est certainement la première menace pour cette firme.
D'où la mise en place du projet Google Recherche de Livres, de la messagerie Gmail, du navigateur Chrome, et surtout des projets Google liés à la téléphonie portable. Idem pour le projet d'encyclopédie en ligne, rivale de Wikipedia, baptisée Knol. Wikipedia représente un immense « gâchis », puisque ces millions de page ne contiennent aucune publicité contextuelle. Alors, est né le projet Knol. L'offensive vise l'ensemble des contenus, et non pas seulement les livres.
Google Recherche de Livres n'est qu'un des volets, parmi beaucoup d'autres, d'une politique qui vise à « assurer de l'espace », pour les publicités de la firme, puisque ces dernières représentent son cœur de métier. Il serait certainement assez naïf de croire qu'il s'agit là d'un projet désintéressé.