Dans un billet publié très récemment sur le bloc-notes de Lekti-ecriture.com, Benoît Berthou plaidait, en fin d'article, pour que le livre, sous sa forme numérique, ne soit pas une simple reproduction d'un contenu papier, mais permette de se rendre plus loin, de prendre en compte les spécificités de l'Internet, pour une richesse accentuée.

Là-dessus, une expérience mérite d'être citée et même étudiée en détail, celle des ''Pragmatic Programmer''. Cette maison d'édition anglo-saxonne, qui édite des livres dans le domaine de l'informatique, ne se contente pas seulement de proposer des livres papier, ou leurs équivalents numériques (format PDF), mais propose à l'ensemble des développeurs qui souscripteurs de l'offre pour un livre de participer, réellement, à l'élaboration du livre. Chaque livre de cette maison d'édition est proposé tout d'abord en bêta, ce qui signifie que chacun de ceux qui souscrivent à l'achat du livre peuvent participer à l'élaboration du livre, notamment en signalant aux auteurs certains points qu'ils estiment obscurs, ou pas assez développés. Ainsi, chaque livre est construit non pas de manière collective (il ne faudrait pas confondre avec une approche de type " wiki ") par des auteurs bien identifiés, spécialistes dans leurs domaines informatiques, mais qui tiennent compte de l'avis de l'ensemble des lecteurs afin de produire des textes encore plus clairs, complets, et parfois aussi plus concis. À l'heure où j'écris ces lignes, près d'une douzaine de livres sont ainsi disponibles en bêta et les livres papier, au moment de leurs rééditions, passent également par un stade bêta. L'ensemble de ce processus est complété par de nombreuses ressources « compagnon » (vidéo, podcasts...) mis en ligne sur le site des Pragmatic Programmers.

Évidemment, cet exemple est particulier, propre dans cet exemple à l'univers du livre technique. Il n'empêche, il s'agit là d'une piste qui a tenu ses promesses, puisque le nombre de programmeurs de haut niveau attachés à cette maison d'édition est très élevé, et que la pérennité économique de cette approche est depuis de longues années éprouvé.

À titre personnel, ce que je retiens de ces initiatives, mais également d'autres (voir le dispositif Safari d'O'Reilly) demeure que ce genre d'initiatives trop mal connues, et qu'il ne s'agit sans doute pas d'un hasard si la majorité de ces projets nous parviennent du monde anglo-saxon. En effet, au cours des dernières années et tout particulièrement des derniers mois, l'articulation papier-numérique n'a cessée de faire l'objet d'études ou de colloques en France. Mais il nous manque certainement, en France, ce fameux esprit anglo-saxon qui porte vers l'expérimentation, avant l'analyse. Expérimenter, inventer, voir ce qui « prend », porter de vrais projets (tel que celui de Publie.net conçu par François Bon), avant de produire des actes de colloques, procéder de manière empirique et pragmatique, ce pragmatisme anglo-saxon qui nous manque tant parfois, voilà certainement la manière manière d'accueillir le numérique.