Lors des Assises du livre numérique qui se sont tenues à Paris le 8 juillet dernier sous l’autorité de Christine de Mazières (directrice générale du Syndicat National de l’Édition), Alain Gründ (ancien président des éditions du même nom et actuel directeur général d’Electre) a esquissé le schéma de la réorganisation de la base de donnée de référence de l’édition française.

À l’heure actuelle entièrement organisée autour de la publication et de ses identifiants historiques (auteur, titre, éditeur, ISBN…), celle-ci va évoluer afin de référencer ensembles d’œuvres (multiples publications formant une unité) et parties d’œuvres (chapitres ou les articles dans le cas d’un ouvrage collectif…). Même s’il demeurerait le mètre-étalon du « trésor de guerre » que constituent les 1120000 notices d’ouvrages de la société du Cercle de la Librairie, le livre ne serait plus l’unique échelle de ses activités et prendrait place au sein d’un système d’informations se situant au-delà et en deçà de la publication. La recherche pourrait ainsi s’opérer à partir d’un identifiant ne correspondant précisément à aucun imprimé (l’intitulé d’une « série » de bande dessinée ou d’une « suite » d’ouvrages thématiques) et la commande pourrait porter de façon très précise sur l’un des constituants de ces mêmes ouvrages.

Le bras armé de ce nouveau mode de référencement est un « Digital Object Identifier » composé d’un préfixe (10.XXX) identifiant l’autorité de nommage ainsi que l’éditeur puis d’un suffixe (précédé un slash : « 10.1000/123456 ») identifiant l’objet. L’ensemble du numéro est placé sous la tutelle de l’International DOI Foundation, société à but non lucratif répondant à une règle d’or : « Un DOI peut être attribué à tout objet lorsque se fait sentir le besoin de le présenter comme une entité à part entière. »

On le voit, ce code d’un nouveau type n’a donc rien d’anodin : il entend constituer une forme d’unité ne se fondant pas sur un support (comme le papier cher au livre, le carbone propre au CD ou le silicium de nos disques durs puisque le DOI peut être utilisé pour des objets aussi bien « réels » que « virtuels »), sur un type d’informations (textes, images, sons, logiciels, séquences peuvent être référencés) ou sur un objet (un livre possédant un DOI peut être constitué de parties possédant des DOI et comportant elles-mêmes des sous-parties possédant des DOI et ainsi de suite…).

Le produit culturel n’est ainsi plus caractérisé par son vecteur de circulation (comme c’est le cas pour un ISBN propre au livre et changeant donc à chaque nouvelle édition d’une même œuvre) ou de la spécificité de ses informations (comme pour l’ISSN des journaux et revues qui ne tient absolument pas compte du support de la publication) : seul l’intérêt que présente la consultation ou l’échange d’ « entités » décide de la demande et de l’attribution d’un DOI permettant d’intégrer pleinement celle-ci dans le monde numérique (car constituant un numéro susceptible d’être utilisé comme adresse Internet donnant accès à services ou présentations).

L’intérêt des DOI semble ainsi évident : s’inscrivant dans le temps (puisque constituant des identifiants permanents, contrairement aux URL) et concernant toutes sortes d’objets, ils permettent une meilleure articulation entre circuits de l’édition numérique et « papier » et inaugurent un mode de commercialisation qui semble pouvoir constituer une planche de salut pour une édition scientifique à l’agonie ou pour des revues qui voient dans la vente d’articles à l’unité (comme le pratique le portail CAIRN) un salutaire moyen de diffusion.

Telle est l’une des questions à laquelle tente de répondre l’enquête sur les modes diffusion des revues qu’a lancée en mai dernier Lekti et ce « bloc-note » se fera prochainement l’écho de réflexions concernant cette technologie qui, on le pressent d’emblée, nous invite à nous interroger sur le devenir du livre à l'ère numérique.