L’appel pour le livre qu’a lancé Lekti le 1er février dernier est plus que jamais d’actualité ! Alors qu’Amazon a été condamné le 11 décembre dernier à cesser ses expéditions non tarifées au lecteur, et alors que le soutien de Thierry Wolton au site de vente en ligne fut unanimement condamné par toute la profession (voir à ce sujet les réactions d’Antoine Gallimard, de Christophe Dupuis, et d’un amusant nouveau blog appelé radiozonzon), l’action en justice intentée par le Syndicat de la Librairie Française connaît un nouveau rebondissement. La peine prononcée contre le site Internet a en effet été levée le 7 mars par la cour d’appel de Versailles, permettant de facto la poursuite de livraisons franco de port. Amazon est donc libre de poursuivre en toute légalité des activités pourtant reconnues illégales, et ce jusqu’au 9 octobre prochain, date à laquelle le jugement en appel sera examiné.

Alors que s’accumulent lentement des menaces sur la loi Lang dite du « prix unique du livre », cette décision ne peut que paraître inquiétante tant sur la forme que sur le fond. Elle se fonde en effet sur un vice de procédure qui en dit long : « L’exécution de la mesure d’interdiction de livraison gratuite des livres prononcée par les premiers juges apparaît impossible, seul le prestataire de service, la Sasu Amazon.fr, ayant été condamnée, à défaut pour le SLF d’avoir attrait à la procédure la société Amazon EU, seule propriétaire du site » (voir Livres Hebdo du 7 mars). Jamais, en matière de livre, justice ne ressembla autant à une mythologie : vaincre une hydre suppose, comme chacun sait, de s’attaquer à sa racine et non à l’une de ses têtes susceptibles de sans cesse repousser.

Nul doute qu’avec un tel jugement, Amazon pourrait reprendre à son compte l’emblème de la « pieuvre », surnom de la société Hachette à la fin du XIXe siècle, car la seule erreur qu’ait commise le SLF fut de viser une seule des tentacules du grand céphalopode. Ceci prouve, si besoin est, combien le rapport de forces est disproportionné. D’un côté, une société indiquant un chiffre d’affaires de 7 milliards de dollars et œuvrant sur 4 continents ; de l’autre une organisation dont la mission est de défendre l’intérêt des libraires nationaux et qui fit donc jusqu’au bout son devoir. Fatalité de la mondialisation ? Dans le livre, comme ailleurs, preuve est faite en tout cas que les structures permettant de se mesurer aux multinationales de la culture ne sont pas encore nées et restent à inventer.

La messe est loin d’être dite, mais tirons en les leçons.