Hackulturation. Culture libre, Culture hacker
Par Lekti-ecriture.com le mercredi, octobre 17 2007, 16:45 - Rendez-vous - Lien permanent
Les 25, 26 et 27 octobre 2007, les Les Rencontres Place Publique organisent sur trois jours, à Marseille, une série de manifestations autour du thème Hackulturation. Culture libre, Culture hacker, dont le programme, reproduit ci-dessous, mérite toute notre attention.
Nous invitons tous les internautes, proches de la ville de Marseille, à la fin du mois, à se rendre à cette belle manifestation.
Au programme
Jeudi 25 octobre 2007 à 18h00
“Attitude, manifeste et éthique hacker”
Avec : Kenneth Mckenzie Wark, essayiste pluridisciplinaire / Patrice Maniglier, philosophe Stephen Wright, critique d'art / Alain Giffard, spécialiste des technologies de l'écrit.
Lieu : CIPMarseille / Centre de la Vieille Charité.
Vendredi 26 octobre 2007 à 14h30
“Culture libre, institutions culturelles, économie marchande”
Avec : Patrice Maniglier, philosophe / Paul Mathias, philosophe Thierry Crouzet, écrivain et journaliste / Arnaud Esquerre, sociologue
Lieu : Mairie des 2ème et 3ème arrondissements de Marseille 2, Place de la Major, Salle des délibérations.
Samedi 27 octobre 2007 à 14h30
“La culture libre peut-elle briser la chaîne du livre?”
Avec : David Giannoni, poète et éditeur / Patrick Lowie, écrivain, poète et éditeur Aliette Guibert, éditeur / Alain Giffard, spécialiste des technologies de l'écrit.
Lieu : CIPMarseille / Centre de la Vieille Charité.
Informations / réservation conseillée : 04 91 90 08 55 rencontresplacepublique@yahoo.fr
Hackulturation, Culture libre, Culture hacker
par Patrice Maniglier, philosophe
L’Information, Terre Promise enfin découverte par l’humanité ? Nouvel Eden où l’on ne peut s’installer sans renoncer à toute velléité de domination et d’exploitation ? Alors que la propriété, le capital industriel, et même les flux monétaires ont toujours donné prise aux pouvoirs politiques et économiques, une société fondée sur l’information déjouerait, par nature, toute tentative pour contrôler, asservir, figer et préempter les ressources. L’information serait un support trop décentralisé, trop ubiquitaire, pour qu’on puisse ne serait-ce que l’interdire ou l’exploiter. Si donc la richesse de l’avenir vit de et dans l’information, Internet réalisera les promesses les plus anciennes de l’émancipation humaine.
Telle a été l’utopie hacker. C’est, à bien y songer, une des seules vraies utopies contemporaines. Mais tout comme le communisme n’était pas seulement une idée, mais aussi une pratique, des réseaux de sociabilité, des références partagées, des techniques d’écriture, de propagande, de militance, tout un univers qualitatif fait de couleurs, de saveurs, de gestes et de mots – bref une culture, de même l’utopie hacker est déjà une réalité humaine. Ce sont des livres et des auteurs cultes (John Brunner, William Gibson…), des pratiques savantes (la programmation, la cryptographie…), un vocabulaire (le hack, le phreaking, le crack…), des réseaux de sociabilité, des styles, des personnages, des réflexes politiques…
En France, on a très rarement pris au sérieux cette culture, aussi bien pour sa qualité propre, comme réalisation culturelle, que pour ses ambitions idéologiques. Naïveté américaine, militance au silicone avec nano-dollars à la clef, enthousiasmes adolescents dont le destin est de finir par nourrir les cours de Google à la Bourse, ou de quelque autre rival, il est entendu qu’aux mots “utopie hacker”, un esprit cultivé doit plutôt répondre par un sourire entendu. Pourtant l’utopie hacker et les nouvelles technologies ne peuvent pas ne pas retentir sur les pratiques culturelles contemporaines. D’abord parce qu’elles en changent le mode non seulement de transmission ou de circulation, mais aussi de production. Ensuite, parce que, depuis Socrate qui refusait de recevoir de l’argent en échange de ses leçons de philosophie, c’est-à-dire de vertu, le trafic de la culture a toujours été très problématique pour la culture occidentale. Ce qui instruit ne se vend pas, mais se donne. Enfin, parce qu’elle est au coeur des transformations des formes contemporaines de la propriété, où la propriété intellectuelle prend une place décisive. Les débats récents sur la licence globale ont montré que ces aspects longtemps méprisés de la vie économique avaient réellement des retentissements sur les questions économiques et sociales les plus classiques. Ce que les agités de la Silicone Valley disaient il y a déjà plus de vingt ans n’était donc pas si absurde…
Aujourd’hui trois questions se posent. D’abord qu'est-ce que la culture hacker et comment se proposet- elle de transformer le mode même d’existence de la culture, quelles sont ses références et ses pratiques ? Ensuite, comment les espaces déjà existant de réalisation de la culture – les institutions culturelles, le marché de la culture – peuvent-ils réagir à ce nouveau régime de production et de circulation des valeurs culturelles ? Enfin, comment les nouvelles technologies, et les usages que nous en faisons en fonction des idées que nous défendons, par exemple de l’idéologie hacker, vont-elles transformer nos pratiques, comme celles de l’écriture et de la lecture ?
Et derrière ces trois questions précises, deux interrogations de fond. Quels sont les enjeux politiques de ces usages créatifs des nouvelles technologies qui ne se contentent pas de les consommer, mais veulent les transformer et les orienter vers un certain type d’idéal politique ? Mais aussi, quels horizons esthétiques ou proprement culturels, ces nouveaux modes de production et transmission offrent-ils pour les créateurs culturels de tout poils, écrivains, artistes, musiciens, théoriciens, techniciens ?
Les Rencontres Place Publique direction Jacques Serrano, 10 rue du Refuge 13002 Marseille
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