Sortir par le haut...
Par Joël Faucilhon le vendredi, juillet 13 2007, 14:04 - Le livre en France - Lien permanent
Hier soir, par le biais du Monde des Livres, était rendu public un article concernant la vente en ligne et le (fameux) problème des frais de port dans la vente en ligne de livres, dans un contexte où les antagonismes sont exacerbés entre pro-cyberlibraires qui affirment la supériorité des superstores et l'inutilité de vouloir trouver d'autres modèles, et un monde de la librairie forcément sur la défensive.
Ce texte publié dans le Monde des Livres va certainement provoquer beaucoup de débats, et les libraires vont être (encore une fois) taxés, accusés d'archaïsme, ce qui me touche personnellement, ayant été libraire avant de découvrir les joies de l'administration système ou de la mise en place d'une plate-forme logistique.
La première remarque que je voudrais formuler est la suivante, avec quelque détermination et un peu de colère, à l'attention de tous les bloggeurs qui vont s'emparer du sujet, créer un buzz et formuler des conseils et remèdes miracles à l'attention du monde du livre ; je leur dirais volontiers de sortir de leur espace, et d'aller sur le terrain mettre en pratique leurs solutions miracles. Et de revenir nous en parler, quelques temps après. FAIRE, se porter dans l'action, sur le terrain, est toujours beaucoup plus difficile que d'imaginer des solutions théoriques, dont la faisabilité ou l'efficacité reste à démontrer. Je ne cesse de m'étonner, également, de la très grande naïveté de certains bloggeurs, en matière de logiques économiques et de macro-économie.
La seconde, concernant les frais de port, est que nous avons la formidable opportunité de sortir par le haut, par rapport à l'ensemble de ces problèmes, avec la pétition initiée par l'Atelier du Gué, sur la mise en place d'un tarif postal spécifique pour le livre, dont tout le monde pourrait profiter, qu'il s'agisse des lecteurs pour les envois entre particuliers, des éditeurs indépendants qui se voient obligés d'envoyer les livres à des tarifs prohibitifs, ou encore les libraires ET les superstores en ligne.
Proposer un tarif spécifique pour les livres et les revues, est-ce une proposition irréaliste que nous invite à partager Daniel Delort, de l'Atelier du Gué ? Au regard de ce qui se passe ailleurs, il semble bien que non. L'Allemagne dispose d'un tarif spécifique pour le livre, alors même que La Poste allemande est totalement privatisée : les tarifs allemands sont les suivants : envoi d'un livre jusqu'à 250 grammes : 0,85 euros, jusqu'à 500 grammes : 0,85 euros ; jusqu'à 1kg : 1,20 euros, etc. Toutes ces informations sont disponibles en ligne sur le site Internet de La Poste allemande (http://www.deutschepost.de). En Espagne, autre pays où la poste est privatisée, il existe un tarif spécifique pour l'envoi de livres et de revues, avec des tarifs encore inférieurs à ceux de la poste allemande.
Une coordination a été souhaitée par Daniel Delort, elle est en place, et nous travaillons ensemble (auteurs, éditeurs, libraires, institutions, revuistes) depuis plusieurs mois. Nous savons que nous devons accentuer la pression sur le Ministère du Budget, et nous pouvons compter sur l'appui des centrales syndicales pour porter ce dossier, alors même que le Contrat de Plan entre l'Etat et La Poste, en ce qui concerne les missions de service public de La Poste, est sur le point d'être renégocié.
Pour ma part, je préfère consacrer du temps, avec une dizaine d'autres personnes, à porter ce projet de tarifs spécifiques au livre, plutôt que de tirer à boulets rouges sur une profession qui n'en a pas forcément besoin, et ne le mérite pas forcément.
Si vous n'avez pas encore signé la pétition en faveur de tarifs postaux spécifiques aux livres, nous vous invitons à le faire en cliquant sur le lien suivant :
Commentaires
Cette proposition de sortie de la crise actuelle sur les frais de port est la plus fondée, et j'y souscrit totalement. Il y a effectivement une impasse économique avec les tarifs actuels, et le modèle de vente à distance n'est pas viable aujourd'hui compte tenu en particulier de ces tarifs... Il y a aussi le fait que les gros cyberlibraires bafouent impunément pour l'instant une décision de justice qui leur est défavorable... Et, outre le problème économique, le SLF et les éditeurs qui s'y associent ont raison de porter aussi le combat sur ce terrain.
Cette proposition de sortie de la crise actuelle sur les frais de port est la plus fondée, et j'y souscrit totalement. Il y a effectivement une impasse économique avec les tarifs actuels, et le modèle de vente à distance n'est pas viable aujourd'hui compte tenu en particulier de ces tarifs... Il y a aussi le fait que les gros cyberlibraires bafouent impunément pour l'instant une décision de justice qui leur est défavorable... Et, outre le problème économique, le SLF et les éditeurs qui s'y associent ont raison de porter aussi le combat sur ce terrain.
serait-il envisageable d'avoir une plateforme technique de type dépôt en espagne qui fasse le colisage pour tous les éditeurs indépenfants depuis une ville frontière, ce qui permettrait de continuer de fonctionner normalement en attendant une solution plus globale d'une "politique du livre intelligente"?
J'espère pour ma part que cette pétition aboutira, même si ce n'est pas ma solution préférée, je préfèrerai de beaucoup cela à rien. Bon courage.
Merci Hubert pour ce petit mot, et à La Feuille d'avoir relayé certains éléments liés à l'actualité de Lekti-ecriture.com.
Ce ne sera certainement pas facile, surtout au vu du contexte actuel de dérégulation des services postaux, mais nous n'avons pas encore abattu toutes nos cartes...