Lorsque la bibliothèque Numérique Européenne pense aux livres sans les librairies
Par Joël Faucilhon le samedi, décembre 2 2006, 16:42 - Le livre en France - Lien permanent
Depuis près d'un an et demi, le discours voudrait être clair : Google est l'ennemi, avec son projet Google Books, et la réaction doit s'affirmer à travers la création d'une Bibliothèque Numérique Européenne, qui va voir le jour sans la Grande-Bretagne (la British Library a signé avec Microsoft), et le Portugal.
La Bibliothèque Numérique Européenne est parée de toutes les vertus, la principale étant qu'elle entend redonner la priorité aux contenus francophones.
Pourtant, nous pouvons avoir de sérieux motifs d'inquiétude, le principal étant que le comité de pilotage de la BNuE, constitué par le ministre de la Culture Renaud Donnedieu de Vabres, ne comprend aucun représentant du monde de la librairie française, alors qu'il intègre l'actuel président du Syndicat National de l'Edition, Serge Eyrolles.
Ainsi, la Bibliothèque Numérique Européenne pense à la numérisation des savoirs et projète de mettre en place un modèle économique où les libraires n'auraient pas leur place. Il suffit pour s'en convaincre de lire cet extrait d'une interview donnée par Serge Eyrolles, au magazine ZDNet Informatique, en mars 2006 :
Lors du dernier comité de pilotage, nous sommes parvenus à définir un environnement pour cette future bibliothèque. C'est-à-dire qu'il n'y a aucun problème pour numériser et donner accès aux ouvrages qui sont hors droit. En revanche, nous avons convenu que pour tous les ouvrages de moins de 70 ans, il faut fixer une rémunération des ayants droit. Reste désormais à en définir les conditions et le montant : faudra-t-il par exemple une rémunération au clic ?
Autrement dit, le comité de pilotage du projet de Bibliothèque Numérique Européenne, dont fait partie Serge Eyrolles, pense le monde numérique sans la librairie.
Et les déclarations récentes de Renaud Donnedieu de Vabres ne viennent pas contester la situation établie. Le ministre de la Culture ne pense pas autrement, ainsi que nous l'apprend le Monde, en date du 01 décembre 2006 : « le gouvernement souhaite la création d'une commission de neuf membres, sous la présidence de Serge Eyrolles, président du Syndicat national de l'édition, avec trois représentants du CNL, du SNE et de la BNF, pour assurer une implication harmonisée des acteurs privés et publics. »
Commentaires
on pourrait en dire autant, côté de la mission dite livre 2010 et de toutes ces usines à gaz du genre de celle dont tu parles, de ce qui ressemble de plus en plus à un boycottage de l'internet de création (je parle pas pour ma pomme, mais le paysage commence quand même à se densifier), et les auteurs représentés uniquement via le biais de sociétés - je n'ouvre pas le débat ici, étant membre de la sgdl - dont les positions semblent souvent conditionnées par la défense de leur propre structure, au détriment de tout autre modèle (par exemple le blocage total sur le fait que l'émergence es écrtitures virtuelles se fait hors la logique des droits d'auteur, et que ce n'est pas forcément incompatible avec notre devenir d'auteurs ni même notre vie matérielle)
Bonjour François,
côté Livre 2010, je pense qu'il va falloir attendre de voir les propositions concrètes. Ce que je crains, personnellement, est que l'ensemble tourne autour de la " validation " des propositions émises par les grands éditeurs concentrés, autour de la commercialisation de fichiers numériques dont la durée de vie sera très restreinte en raison de la mise en place d'une politique de gestion des droits (DRM) très restrictive (voir ce que fait Numilog à ce sujet), qui vont à l'encontre de ce qu'est le livre par nature, c'est-à-dire un outil ouvert de transmission de la pensée.
Côté droits d'auteur et débat autour de la politique menée par les sociétés d'auteur, je me garderai de tout commentaire...