Depuis plus d'un an, le monde du livre est dans la tourmente.

Les acteurs, qu'il s'agisse d'éditeurs, de libraires ou de diffuseurs, marquent le pas, et signalent tous une baisse importante de leur chiffre d'affaires.

Certes, les libraires et les éditeurs ont toujours eu la réputation d'avoir la plainte facile, mais la crise actuelle du monde du livre semble bien réelle, s'affirmer chaque mois.

Les indicateurs sont tous mauvais : les libraires se plaignent de l'absence de lecteurs ; les diffuseurs affirment que les librairies deviennent de plus en plus frileuses lorsqu'il s'agit de mettre en place un livre, de le proposer à la vente autrement qu'à l'unité, et pour finir les éditeurs rendent les libraires responsables des mises en place médiocres pour leurs livres, tout en notant la montée en puissance de leurs ventes par les superstores en ligne.

Puisque là se situe l'une des clefs : alors que les librairies se dépleuplent, la vente des livres en ligne affiche une progression à deux chiffres pour de nombreux distributeurs. D'ici à penser que le temps est compté pour les librairies physiques, qu'elles sont toutes ou presque appelées à disparaître dans les années qui arrivent, certains commencent le penser, voire à en parler ouvertement. Faudrait-il rappeler que les libraires d'ancien ont déjà depuis plusieurs années abandonné l'intérieur des boutiques pour mettre leur catalogue de livres d'ancien en vente en ligne, sous la tutelle de sites Internet fédérateurs tels que Galaxidion, Chapitre, ou plus généralement Livre Rare Book ? En sera-t-il de même demain pour le livre neuf ? Déjà, plusieurs librairies physiques françaises se sont associées à Amazon à travers la plate-forme " Market Place ", qui tend à faire d'eux de simples fournisseurs, des gérants de lieux de stockage, totalement vides de sens.

Les libraires, éditeurs, diffuseurs et tous les hommes de bonne volonté, pour reprendre l'expression de Romain Rolland, montent au combat de manière dispersée, puisque les intérêts divergent souvent. Face à une menace réelle, et identifiée par tous, il n'existe pas de discours cohérent, a minima, tenu par un ensemble d'acteurs.

Nous pouvons dire que le champ est libre pour Amazon et consorts.