L’édition indépendante “ avec ” l’étranger : une expérience éthiopienne.
Par Lekti-ecriture.com le mardi, juin 27 2006, 11:12 - Le livre en France - Lien permanent
Jean-michel Cornu, qui signe le texte reproduit ci-dessous, est responsable des éditions L'Archange Minotaure, éditeur associé à Lekti-ecriture.com.
Il revient dans ce texte sur les raisons qui l'ont conduit à travailler de manière étroite avec l'Ethiopie, au point d'avoir fondé une représentation en Ethiopie.
En 2003, L’Archange Minotaure (maison d’édition que nous avons créée en 2000), a ouvert une collection sur l’Ethiopie intitulée “Aux Abyssinies” *. Cette initiative peut surprendre tant l’intérêt pour ce pays reste confidentiel, l’attention du public français étant en effet “dirigée”, pour des raisons historiques et d’actualité, beaucoup plus sur l’épaule “occidentale” de l’Afrique que sur sa corne “orientale”. Cette initiative, on l’aura compris, est l’usufruit de notre intérêt personnel, ancien et soutenu, elle est l’aveu de notre relation passionnelle et donc ambiguë avec ce pays et ses gens.
Cette année L’Archange Minotaure crée une représentation en Ethiopie. Notre but n’est pas tant d’y distribuer nos ouvrages que de publier, sur place et en amharique, des auteurs éthiopiens, d’y faire traduire des auteurs français. A moyen terme, ce dispositif doit permettre en retour la traduction et la publication en France d’auteurs éthiopiens sous le label de L’Archange Minotaure.
Ce projet, précisons-le, n’a pas l’ambition d’un idéal, il est aux antipodes (terme approximatif pour un pays situé sous les tropiques, nous en convenons) d’une démarche tiers-mondiste d’aide au “développement” (lequel d’ailleurs ?), il est en outre, à peu près dépourvu de cet esprit caritatif pourtant simplet, naïvement empreint d’une condescendance qui s’ignore elle-même. Notre projet est guidé davantage, et plus raisonnablement, par le souci assez concret de “faire exister”; c’est à dire publier et diffuser des livres. S’il s’origine bien entendu dans l’intérêt surgi pour des cultures, des littératures, il est emporté surtout par l’estime conçue pour le parcours et l’engagement de quelques individualités singulières ou remarquables — en hommage presque. Donc nulle nécessité ici de nous revendiquer d’une quelconque idéologie, de toute façon insidieusement moralisatrice, ou de je ne sais quel nouvel avatar prétendument “équitable” de ces inévitables stratégies-marketing, godasses pour tous les pieds …
Nous avons l’humilité de penser que cette expérience n’est peut être pas exemplaire. C’est pourquoi elle a d’ailleurs toute sa place dans le cadre de ces rencontres. Elle ne s’érige pas en modèle et ne cherche pas à sauver le monde (encore moins le tiers monde). Elle est expérience et désir, c’est à dire valse-hésitation dans le ballet de nos certitudes, et ruade obstinée dans le manège de nos doutes. Puisse-t-elle susciter quelques interrogations fertiles, nourrir chez ceux là-même capables d’appeler notre effort une entreprise ordinaire, quelqu’autre effort ordinaire. Car c’est ici une histoire d’hommes et de livres, entre deux rives… Ce qui n’est pas si simple en fait. Mais déjà quelque chose.
Jean-Michel Cornu
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