Littératures de Catalogne

Créées en 2004, installées en Auvergne, les éditions Tinta blava (Encre bleue en catalan) publient en français de la littérature produite en Catalogne et dans d’autres territoires de l’espace linguistique catalan. Leur démarche est purement littéraire et s’applique également aux oeuvres produites en Catalogne en castillan.

Fils de Républicains espagnols et né en France, Llibert Tarragó a entrepris de porter à la connaissance du public francophone des éléments convaincants d’une littérature dont on ne connaît que peu d’exemple à l’étranger au regard de sa fertilité. Sept à huit titres, tirés à deux mille exemplaires chacun, sont prévus tous les ans.

La Catalogne abrite une vie littéraire très active. Dans ce territoire de six millions et demi d’habitants, 8 000 livres sont édités chaque année en catalan, et Barcelone joue un rôle influent dans le monde hispanique (Espagne et Amérique latine) en tant que grande capitale éditoriale.

Petits bijoux de la littérature catalane en rouge… et jaune

Sept ouvrages sont déjà parus qui illustrent les genres prisés par la maison à travers deux collections : « La rouge » pour la fiction (roman et nouvelles), « La jaune » sous-titrée « Noir c’est noir » pour le polar. Des livres à la facture sobre et élégante, au papier crème, à la typographie placée sous le signe clair du « Mrs Eaves » font découvrir aux lecteurs francophones les univers romanesques très contrastés d’oeuvres qui ont marqué l’histoire récente de la littérature catalane. Anna K, premier roman de Martí Rosselló, finaliste du Prix des Librairies en 2000, reçoit les éloges de la critique. Pierre d’éboulis de Maria Barbal, est l’un des grands succès contemporains avec sa cinquantième réédition depuis 1985 célébrée en 2005. Petit à petit l’oiseau fait son nid de Jaume Fuster, figure de proue du courant noir catalan moderne, « grand frère » de Manuel Vàzquez Montalbàn ; et toujours dans la collection jaune « Noir c’est noir », Le rapt, le mort et le Marseillais d’Albert Salvadó qui a obtenu le prix Série Noire Catalogne 2000. Tinta blava a choisi aussi de développer une fidélité à certains auteurs. Ainsi la romancière Mercè Ibarz est présente à deux reprises dans le catalogue avec Le Saut de l’ombre et Dans la ville en chantiers. Rue des Camélias, paru en novembre 2005, illustre l’esprit de cette toute jeune maison d’édition avec la mise en avant d’une grande dame des lettres catalanes Mercè Rodoreda, saluée par Gabriel García Márquez, et qui obtint pour ce roman écrit en 1966 la consécration avec le Prix Sant Jordi. C’est un grand roman qui est ressuscité.

À paraître en 2006

En avril, Le Jour de l’Ours de Joan-Lluís Lluís ; deux polars Chasse à l’ombre de Albert Villaró et Qui tient l’oseille tient le manche de Xavier Moret. À l’automne : le grand roman de Joan Sales sur la Guerre civile espagnole Gloire incertaine, que l’on trouvera enfin en France dans sa version définitive de 1971 publiée en espagnol en 2004 et bientôt en allemand.

Llibert Tarragó

Auteur notamment d’ « un guide intime et culturel de Barcelone » en 2003 chez Autrement, où il fera paraître en 2006 « Le puzzle catalan », Llibert Tarragó vit entre Barcelone et l’Auvergne où il a créé en 2004 les éditions Tinta blava.

La littérature est pour ce jeune éditeur synonyme de liberté et de résistance. « Je viens probablement du plus lointain du monde du livre … Il y a peut-être la sonorité latine de mon prénom bien que celui-ci soit attaché à la notion de liberté. Il y a sans doute que mon père Joan Tarragó, un des membres du groupe de résistance et de solidarité des Républicains espagnols à Mauthausen, a eu l’idée de créer début 1943 une bibliothèque, bien sûr clandestine et évidemment réduite, dans ce camp de concentration nazi. » « Faire passer les livres par-dessus les frontières de toutes natures » est une manière de défi pour un homme élevé dans la culture républicaine française et imprégné par l’exil parental. Né à Brive-la-Gaillarde, compagnon de jeunesse de Pierre Bergougnioux dans cette bonne ville du livre, initialement formé au journalisme par Michel Peyramaure, contemporain de Denis Tillinac et de Claude Duneton dans la Corrèze basse, Llibert Tarragó exalte la beauté d’une littérature jusqu’alors largement méconnue en France, un défricheur salutaire épris avant tout de l’amour de la langue qui dépasse les frontières : « L’universel, c’est le local sans les murs » aime-t-il à citer, reprenant Michel Torga.

Une équipe engagée

Place prépondérante est accordée aux traducteurs : ainsi avec Bernard Lesfargues, le premier à avoir traduit de la littérature catalane en français. C’est grâce à lui que le public français découvre Mercè Rodoreda avec La Place du Diamant (chez Gallimard). On le retrouve ici avec elle dans Rue des Camélias, le titre-phare de Tinta Blava.

La diffusion et la distribution sont assurées par Bleu autour, également éditeur, et cette synergie éditoriale contribue au développement de Tinta blava. Le Conseil régional d’Auvergne, la Direction des Affaires culturelles d’Auvergne attribuent des aides à l’édition et à la diffusion. L’Institut Ramon Llull, institution catalane, aide à la traduction et à la promotion.

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