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La vie de l'Internet

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mardi, février 3 2009

La NRF chez William Irigoyen

À noter : sur l’excellent blog de William Irigoyen, sur le site Internet d’ARTE, la publication d’un entretien avec Michel Braudau, à l’occasion du centenaire de la Nouvelle Revue Française.

Cliquez ici pour lire l’entretien.

Le poing et la plume, blog de William Irigoyen, est une ressource importante pour tous ceux qui s’intéressent au livre et à la musique.

mercredi, novembre 26 2008

Portrait du pirate en conservateur de bibliothèque (3/3)

Je l'avais souligné dans le texte précédent, les pirates qui mettent à disposition des internautes un certain nombre de « collections » ou de textes sur des sites privés ou semi-privés sont apparemment conscients de la fragilité du numérique, et cherchent à tout prix l'emploi des formats ouverts, qu'ils estiment « pérennes » dans le temps. Voilà une raison de plus de les comparer à des « conservateurs de bibliothèque », puisque ces derniers doivent veiller, s'assurer que « toute mesure de surveillance, de protection, de reproduction et de communication propre à préserver l’intégrité du document » soit prise (Extrait de La charte des bibliothèques adoptée par le Conseil supérieur des bibliothèques le 7 novembre 1991).

Or, assurer la conservation et la pérennité des documents, lorsqu’ils sont numériques, est une tâche difficile, voire impossible en l’état actuel des techniques. Je me souviens encore avoir posé la question, lors du colloque Livre 2010, en 2007, à Jean-Pierre Cendron, alors délégué à la stratégie pour le projet Gallica, à ce propos. Sa réponse, telle que consignée dans le compte-rendu de la table ronde, fut la suivante : Se plaçant sur le terrain de la conservation, Jean-Pierre Cendron a rappelé que contrairement au papier et au microfilm, nous ne connaissions pas, encore aujourd’hui, quelle pouvait être la pérennité du support numérique. (voir ici pour la source)

Une réponse honnête, qui sous-tend une réalité peu amène. Nous sommes en train de procéder à une numérisation massive de notre savoir, sans avoir la moindre idée des délais pendant lesquels notre patrimoine restera disponible, en raison même de la nature du numérique. Avec donc, un risque accru de perdre l’ensemble des savoirs, qui sont de plus en plus « numériques dès le départ » (photographies, films, audio, manuscrits d’auteurs et copies d’éditeurs, etc.). Ce risque immense de la page blanche, des savoirs perdus de manière irrémédiable en raison de la fragilité intrinsèque du support numérique, nous en voyons déjà parfois, timidement, les conséquences. Tel ou tel chercheur du CNRS ou d’un autre centre se plaint que la copie numérique qui a été confiée à l’INA (dont la mission principale est pourtant la conservation !) soit perdue. Cela arrive de plus en plus souvent…

En réalité, la fragilité du numérique est extrême, pour deux raisons principales :

  • l’extrême hétérogénéité des formats employés, souvent propriétaires, avec lesquels le savoir numérique est construit. Du côté du livre, par exemple, beaucoup d’éditeurs sont obligés de refaire les maquettes de leurs livres déjà composés il y a parfois cinq ans, mais sous des logiciels qui n’existent plus, ou dont la compatibilité avec les versions actuelles n’est qu’apparente. Il faut remercier ici des firmes telles que Quark ou Adobe, qui n’organisent aucune compatibilité ascendante entre leurs familles de produits, qu’il s’agisse respectivement de Quark ou Indesign. Et quelle différence, de ce point de vue, avec les méthodes employées par bien des éditeurs scientifiques ou techniques, notamment anglo-saxons, qui s’appuient au moment de composer leurs livres sur des standards ouverts et cohérents tels que LaTex, ce qui leur permet de reprendre leurs épreuves plus de vingt ans après, sans aucun souci…
  • Le numérique est également fragile en raison de la nature des supports. Que cela soit l’optique (CD-ROM, etc), ou les supports magnétiques tels que les disques durs, il s’agit d’éléments extrêmement fragiles, prompts à s’effacer rapidement, et pas seulement de manière intentionnelle. Pour parer à cela, il n’existe qu’un moyen : la duplication, que l’on voudrait (presque) à l’infini, en permanence, pour s’assurer que sur dix baies remplies de disques durs contenant les mêmes données, dans quinze ans, il existe au moins un disque dur qui fonctionne encore et contienne les éléments qu’il a fallu conserver un jour. Un marché s’est donc fortement développé ces dernières années, celui du stockage. Avec un coût extraordinaire pour les bibliothèques. Mais cela, les équipes de Gallica ou de la British Library le savent bien que moi, eux qui doivent sans cesse, chaque jour, organiser des « stratégies » de réplication des données, lancer des appels d’offre pour obtenir, chaque jour, toujours plus de pétaoctets de stockage…

Mais ce qu’une Bibliothèque patrimoniale peut envisager, en matière d’efforts financiers pour pérenniser le savoir numérique, et sans pour autant obtenir des certitudes, aucune autre structure ne peut le faire.

Le risque de la page blanche, d’un effacement partiel ou total du savoir conservé sous forme numérique, est donc bien réel.

Numériser N’EST PAS conserver.

En réalité, la seule issue, compte tenu de la fragilité du support numérique, reste de disséminer le savoir numérique. Et c’est là où les « groupes de pirates », qui échangent sans cesse leurs fichiers (textes, vidéos...) en essayant de conserver l’accès à leurs fichiers le plus longtemps possible, jouent un rôle majeur. Étant donné qu’ils ont tendance (du moins, pour certains groupes privés ou semi-privés, via le protocole Bitorrent), à archiver, organiser des collections sous des formats ouverts, à les diffuser sur des milliers de machines qui restent éloignées les unes des autres, physiquement, ils accentuent les chances d’éviter ce risque fou d’une « page blanche », au niveau du savoir numérique.

Il existe donc là un vrai paradoxe : les pirates qui bafouent, violent chaque jour les législations sur le droit d’auteur et le Copyright sont peut-être, en même temps, la seule chance de survie du savoir numérique. Et il est plausible d’imaginer qu’un jour, pas si lointain, certains auteurs, éditeurs ou producteurs, aillent chercher la seule copie encore existante de leur travail auprès des pirates. Voilà encore le pourquoi du titre, qui semble provocateur : « portrait du pirate en conservateur de bibliothèque ». Le but n’est pas de donner une image idyllique du « pirate » sur Internet, puisqu’il enfreint de manière systématique les lois sur le droit d’auteur, mais de mettre en relief certaines réalités qu’il semble absurde d’ignorer plus longtemps…

dimanche, novembre 23 2008

Portrait du pirate en conservateur de bibliothèque (2/3)

Portrait du pirate en conservateur de bibliothèque (seconde partie)

Dans le billet précédent, il était question de la figure du pirate en tant qu'individu qui organisait des « collections », qui rassemblait différents éléments audio, textes et vidéo, pour les mettre à disposition sur l'Internet, sans jamais tenir compte, évidemment, du droit de la propriété intellectuelle (ou du Copyright anglo-saxon). Ce non-respect de la propriété intellectuelle rend ce genre de démarche particulièrement efficaces : pas de demandes à effectuer aux ayant droits, pas de refus à respecter de leur part, tout ceci rend la démarche qui vise à constituer une collection réellement rapide et efficace. Bien plus efficace que la mise en place de fonds par des bibliothèques patrimoniales qui doivent, de leur côté, respecter le Code de la propriété intellectuelle, ou la législation en vigueur sur le copyright.

Et les pirates réorganisent sans cesse les morceaux épars dont ils disposent. Les collections qu'ils mettent à disposition sur les réseaux pair à pair (peer to peer) sont sans cesse en cours de réorganisation et de montée en puissance. S'il était rare, il y a deux ans, de voir des ensembles de documents dépasser 1Go, il est désormais courant d'obtenir de larges collections de textes qui font près de 10Go, voire plus pour certaines d'entre elles. Tout ceci représente un phénomène déjà connu. Ce qui l'est moins, c'est la volonté des pirates de numériser avec des formats ouverts, qu'ils estiment « pérennes » et sûrs. Autrement dit, ils ont la volonté de mettre à disposition des documents audio, vidéo, ou textes, dont ils s'assurent qu'ils pourront être exploités sur le temps long. Dans ce sens également, ce sont de véritables « conservateurs de bibliothèque », disposés dans leur projet à vouloir assurer une pérennité dans leur travail. Dans le domaine de l'audio par exemple, alors que le format mp3 (format propriétaire, qui entraîne une dégradation par rapport à une copie originale) était systématiquement privilégié sur les anciens réseaux pairs à pairs, tels que Gnutella, la nouvelle génération de pirates s'attache à « ripper » les CD, notamment ceux de musique classique, mais pas seulement, dans des formats ouverts ¬— donc pérennes — qui n'entraînent aucune dégradation au niveau du signal, tels que le FLAC.

Puisque c'est bien de cela dont il s'agit : d'une nouvelle génération de pirates, qui n'a sans doute pas grand chose à voir avec ceux qui téléchargeaient des morceaux MP3 sous Napster, il y a seulement dix ans. Cette nouvelle génération préfère la rareté : les films d'auteurs, les vieux enregistrements vinyle considérés comme des « classiques », ou encore des livres de référence en sciences humaines ou en philosophie. Ils n'agissent jamais au hasard, procèdent à un tri « intelligent », comme un bibliothécaire, avant de mettre à disposition leurs réalisations sur l'Internet. Ces pirates-là sont animés par une volonté manifeste de « faire partager », et ne sont pas motivés simplement par une haine farouche contre les grands producteurs, en matière audio et/ou vidéo. Aucun discours haineux contre les « Majors », aucune volonté de « détruire » l'industrie du disque, du DVD ou de l'édition, au sein des forums des groupes fermés ou semi-fermés qui pratiquent la mise à disposition de « collections », via le protocole Bittorrent. Ce qui n'était pas le cas de la génération précédente de pirates. Cette volonté acharnée de « faire partager » se traduit par la mise en place de certaines règles assez sévères : la plupart du temps, il est nécessaire de maintenir un ratio entre la réception de données et l’émission qui soit supérieur à deux. En d’autres termes, il est nécessaire de diffuser deux fois plus de données que celles qui ont été reçues, pour éviter d’être « banni » — c’est là le terme consacré, qui n’est pas sans rappeler la notion de bannissement dans les communautés de pirates des Caraïbes, au XVIIIe siècle. D’ailleurs, comme au sein des communautés de pirates du XVIIIe siècle, il s’agit de groupes « fermés », qui se renouvellent assez peu, de nouveaux membres étant intégrés seulement par affinités électives, et devant souvent prouver qu’ils sont membres d’autres groupes, et que leur ratio de partage est très élevé dans ces derniers, généralement supérieur à deux.

Ce n'est plus la même génération de pirate, ce n'est plus, également, le même type d'« économie », au niveau du piratage des œuvres. Il y a encore trois ans, le piratage sur Internet était un « marché de l'offre », dans la mesure où les internautes « prenaient ce qu'ils trouvaient ». Par un pur réflexe « consumériste », pourrait-on dire. Actuellement, le phénomène s’inverse, sous l’influence de ces petits groupes qui utilisent le protocole Bittorrent. En effet, certains de leurs membres procèdent à des « demandes », sur un domaine précis, concernant un texte ou un CD déterminé, et les autres membres essaient de répondre le plus rapidement possible à cette demande. Le marché s’organise désormais selon le modèle de la demande, non plus de l’offre. Et il est de plus en plus difficile de trouver des documents audio, vidéo et/ou textuels qu’ils ne sont pas en mesure de diffuser rapidement. La généralisation du prêt en bibliothèque (non pas en France, mais plus généralement en Europe et dans tous les pays occidentaux), joue certainement là-dessus un rôle majeur, puisque de nombreux pirates profitent d’une période de prêt pour « ripper » CD et DVD, et les mettre à disposition au sein de leurs groupes.

Quant à la problématique du respect de la législation sur le droit d’auteur, il s’agit là d’un élément qui a été définitivement « évacué ». Ce problème n’est jamais abordé, sauf par certaines communautés liées à la bande dessinée, qui répètent sans cesse ces mots : « si vous aimez cet auteur, alors achetez la bande dessinée ». Ailleurs, il n’est jamais fait mention d’un quelconque débat sur la notion de « propriété intellectuelle » et de « droit d’auteur ». Pas la moindre justification, même grossière. Non, toute référence au droit d’auteur est bannie, comme si cette notion n’avait jamais existé. Pas plus qu’il n’existe nulle part, au sein de ces « communautés », de débat autour de la crise actuelle rencontrée par l’industrie du disque ou celle du DVD, ou la moindre mention d’un texte à ce propos. En réalité, c’est l’ensemble du contexte économique lié à la création, qu’elle soit phonographique, audiovisuelle ou textuelle, dont il n’est jamais question.

jeudi, novembre 6 2008

Pirates !

Le billet « Portrait du pirate en conservateur de bibliothèque », rédigé voici quelques semaines, a semble-t-il interrogé certains esprits curieux.

Tous ceux qui s'intéressent à ce phénomène ne devraient pas (à mon avis) se passer d'une lecture essentielle, celle de la revue Critique (éditions de Minuit), dans sa livraison n°733-734, consacré au phénomène de la piraterie à travers les âges, y compris jusqu'aux figures du pirate sur l'Internet.

Voici ci-dessous une présentation de ce numéro, par les éditions de Minuit :

Critique, numéro 733-734

Dans ce numéro de la revue Critique, les auteurs intérrogent la figure historique et mythique du pirate, sous toutes ses formes, depuis la figure très classique du pirate maritime aux pirates informatiques, présents seulement depuis quelques décennies. Quelle place pour les pirates et les piratages sur le web ? dans les musiques actuelles ? dans les nouveaux mouvements sociaux mondialisés ou dans les débats sur la post-humanité ? Quel rôle joue cette nouvelle flibuste dans la (contre-)culture savante ou populaire ? Comment une piraterie aux traits rajeunis est-elle à son tour mobilisée, récupérée, voire piratée par la « flotte impériale » qu’elle combat ? Est-ce avec effroi ou jubilation qu’il faut crier : «Pirates ! »''

Ce livre est disponible sur la librairie Lekti-ecriture.com, il vous suffit de suivre le lien suivant pour en savoir plus : http://www.lekti-ecriture.com/librairie/livre/critique-n-733-734-9782707320476.html

mercredi, octobre 29 2008

Google, au delà de Google Recherche de Livres

Hier, 28 octobre 2008, un accord a été trouvé aux États-Unis entre la société des auteurs américains (The Authors Guild) et le syndicat américain de l'édition américain, dans le procès qui les opposait à Google depuis deux ans.

Les raisons de ce procès sont relativement bien connues : il était reproché à Google de numériser des livres sous droit d'auteur sans l'accord des ayant droits, et de mettre à la disposition des internautes de courtes citations de ces livres, ce qui représentait une entorse grave à la loi sur le copyright, selon éditeurs et auteurs américains, alors que Google répondait qu'avec ces citations, la firme respectait la loi sur le Copyright, les extraits de livres rentrant dans le cadre du droit de citation. Voici pour le contexte.

Hier soir, fut trouvé un terrain d'entente entre auteurs, éditeurs et Google. Pour plus de détails sur cet accord, il est utile d'aller voir l'excellent (et très long) billet Olivier Ertzscheid, à cette adresse : http://affordance.typepad.com/mon_weblog/2008/10/google-books-le.html. Inutile de revenir dessus, compte tenu du travail de synthèse effectué par Olivier Ertzscheid. Peut-être simplement signaler qu'en fin de compte, après avoir payé la somme de 125 millions de dollars, Google se retrouve avec le droit de numériser l'ensemble des livres qu'il souhaite, y compris ceux protégés par la législation sur le copyright. Petit bémol : cet accord n'est valable que pour les États-Unis. Le Syndicat National de l'Édition (SNE) et la SGDL (qui regroupe les auteurs), en France, qui ont intenté le même procès à Google pour les mêmes raisons que son homologue en 2006, n'ont pas pour l'instant abandonné la partie.

Ces informations concernent le monde du livre. Mais il est nécessaire sans aucun doute de « faire un pas de côté » pour comprendre quelle logique sous-tend la stratégie du moteur de recherche, dont le projet Google Books n'est qu'une (toute) petite partie.

Le modèle économique de Google est celui de la publicité, depuis le départ. Perdre de vue cette idée simple, mais essentielle, ce postulat de départ, serait se priver de tout moyen de comprendre la stratégie globale du moteur de recherche.

Google a besoin d'espace. De plus en plus d'espaces pour afficher la publicité contextuelle (les fameux Adwords et AdSense), qui sont au cœur de sa stratégie de développement. Et il lui faut beaucoup d'espace, au moment où Internet devient un média de masse qui capte de plus en plus les grandes campagnes de publicité (Internet est devenu en 2007 le troisième support de publicité, derrière la presse et la télévision, et la part de l'Internet dans la publicité continue sans cesse de progresser, au détriment des autres supports).

Pour Google, ces espaces où la publicité peut être affichée sont essentiellement, pour l'instant, de deux types : les pages de résultat des moteurs de recherche (publicités Google Adwords), et les et les sites Internet qui présentent des publicités contextuelles Google (publicités Google AdSense).

Avec la montée en puissance du canal Internet, pour la publicité, Google a besoin, sans cesse, de nouvelles pages, quelles qu'elles soient, pour afficher les campagnes publicitaires de ses annonceurs.

Le risque, pour cette firme, serait de « manquer d'espaces », de pages Internet où placer Adwords et AdSense. C'est là un risque et un défi majeur pour Google. D'ailleurs, signe des temps, depuis quelques mois, une nouveauté discrète s'est fait jour : une barre défilante sur les publicités AdSense (celles qui figurent au sein des sites Internet qui prennent un accord avec Google), qui permet de placer plus de publicités sur un espace de même dimension, au sein d'un site Internet.

Le besoin de Google en contenus où placer de la publicité contextuelle est frénétique, à la mesure de la croissance exponentielle du marché de la publicité sur Internet. Et le risque de saturation des espaces où placer de la publicité est réel. C'est certainement la première menace pour cette firme.

D'où la mise en place du projet Google Recherche de Livres, de la messagerie Gmail, du navigateur Chrome, et surtout des projets Google liés à la téléphonie portable. Idem pour le projet d'encyclopédie en ligne, rivale de Wikipedia, baptisée Knol. Wikipedia représente un immense « gâchis », puisque ces millions de page ne contiennent aucune publicité contextuelle. Alors, est né le projet Knol. L'offensive vise l'ensemble des contenus, et non pas seulement les livres.

Google Recherche de Livres n'est qu'un des volets, parmi beaucoup d'autres, d'une politique qui vise à « assurer de l'espace », pour les publicités de la firme, puisque ces dernières représentent son cœur de métier. Il serait certainement assez naïf de croire qu'il s'agit là d'un projet désintéressé.

samedi, octobre 4 2008

Portrait du pirate en conservateur de bibliothèque (1/3)

Le titre de ce billet peut paraître provocateur.

Il l'est certainement, mais il correspond à une réalité dont on parle peu, une réalité qui émerge encore à peine, mais dont les conséquences paraissent immenses, du point de vue du droit d'auteur, de l'économie de l'ensemble de la chaîne du livre, et des problèmes de conservation et du partage du savoir à l'ère du numérique.

Beaucoup d'entre vous ont certainement entendu parler du protocole Bittorrent, réseau Peer to peer (pairs à pairs en bon français) qui s'est nettement développé depuis deux ou trois ans, surtout depuis le « flicage » du réseau eDonkey, et des clients utilisés pour y accéder, dont le plus important est évidemment Emule.

Emule est en perte de vitesse, mais les réseaux Peer to peer liés au protocole Bittorrent n'ont jamais été aussi actifs. En témoignent certains sites de partage liés à Bittorrent, qui présentent la plupart du temps des contenus encore sous droit, et font partie des cent sites les plus visités au monde, selon le baromètre annuel Google. Mininova est entré ainsi en 2007 au rang 97 concernant le nombre de visiteurs, selon les données qui proviennent d'Alexa, alors que d'autres sites de partage Bittorrent qui proposent (presque) uniquement des contenus encore sous droit figurent dans le top 500 des sites les plus visités : c'est le cas pour ThePirateBay, toujours très populaire, Torrentz ou encore Demonoïd. Et, comme je l'ai signalé, ces sites de partage sont uniquement constitués de contenus sous droit.

Je ne vais pas parler de la musique ou du cinéma, je vais me contenter de parler des contenus textes et images. Et là, la surprise est immense : certains catalogues d'éditeurs sont totalement mis à la disposition des internautes. C'est le cas, tout particulièrement, pour les ouvrages scientifiques et techniques. Ainsi, il est très facile de rapatrier en quelques heures sur son disque dur l'ensemble ou presque du catalogue des éditions O'Reilly, un éditeur particulièrement réputé, spécialisé aux États-Unis et en Europe dans la publication de livres techniques. À portée de clics et en quelques heures, c'est près de quatre cent livres de cet éditeur que l'on peut voir apparaître sur son écran d'ordinateur.

À partir de ce moment-là, le doute apparaît à l'esprit : comment les éditions O'Reilly arrivent-elles encore à vendre des livres, puisque certains, tels que Denis Olivennes, auteur du rapport éponyme, nous apprennent que la piraterie est responsable de la crise actuelle, en ce qui concerne l'industrie musicale et cinématographique ? Si l'on suit le cheminement de la pensée de Denis Olivennes, les éditions O'Reilly, piratées de manière massive, auraient déjà du déposer le bilan. Or, ce n'est pas le cas. Pire encore, le fondateur des éditions O'Reilly, le très respecté Tim O'Reilly, inventeur de la célèbre formule « Web 2.0 », affirme depuis quatre ans que la piraterie, en ce qui concerne ses livres, n'est pas un problème, et parfois même représente un vecteur de vente de livres physiques (voir le lien suivant, un article qui a fait sensation au moment de sa parution, pour plus de détails : http://www.openp2p.com/pub/a/p2p/2002/12/11/piracy.html).

Apparemment, le lien qui paraît évident aux yeux de certains, entre la piraterie et la crise des industries dont la dématérialisation est rendue possible, n'est pas si évident.

Mais tout ceci n'est guère nouveau : la piraterie, en ce qui concerne les livres techniques, notamment ceux qui touchent l'informatique, est un phénomène assez ancien.
Ce qui est plus récent, en revanche, est l'extension du phénomène aux livres de sciences humaines et de littérature, et à la bande dessinée. La mise à disposition de livres numérisés, dans ce dernier cas, n'est pas forcément apparent sur des grands sites de partage Torrent, tels que The Pirate Bay ou Mininova. Ils sont le fait de sites moins visibles, sur lesquels il n'est possible d'accéder que sur invitation d'un membre, et le nombre mais également la qualité des livres numérisés par ces petites équipes est proprement impressionnant. Parmi tous ces livres, certains n'ont pas été scannés par les petites équipes liées à un site de partage Bittorrent. Il peut s'agir, tout simplement, de copies de PDF d'imprimeurs, facilement reconnaissables par la présence des traits de coupe.
Il n'est pas très difficile, par exemple, de récupérer en ce moment sur certains sites, l'ensemble ou presque des " Very short introduction ", collection de référence d'Oxford University Press, équivalente aux Que Sais-je? publiés par les PUF, soit près de 1 300 titres.
Les éditeurs français, selon les affirmations récentes de certains, pensent être à l'abri du phénomène. Je ne voudrais pas être un facteur d'inquiétude, mais voilà, parmi tant d'exemples, certaines listes de livres qu'il m'a été possible de voir sur certains sites Internet Torrent de partage :

  • L'ensemble de l'œuvre de Jacques Derrida, notamment ses livres publiés chez Gallimard et chez Gallilée.
  • La totalité des ouvrages de Gilles Deleuze publiés aux éditions de Minuit.
  • Une partie de la collection Bibliothèque des Sciences humaines, publiée chez Gallimard, notamment certains ouvrages anciens, non réédités.
  • L'abécédaire de Gilles Deleuze publié par les éditions Montparnasse.
  • Bien des livres d'informatique et de bricolage publiés par les éditions Eyrolles.
  • Beaucoup de livres de chez Librio, que cela soit ceux de michel houellebecq, de Franz Kafka, et cetera.
  • L'ensemble des livres de Bernard Werber, de Frédéric Beigbeder, ou encore d'Amélie Nothomb.

Ce ne sont là que quelques exemples, pris au hasard, mais qui témoignent de la diversité, et de la vitalité de ces petites équipes, souvent composées de seulement de quelques dizaines de membres, qui décident de numériser et de mettre à disposition ces livres au format numérique, directement sur l'Internet.

Encore plus étonnant : à partir des éléments ci-dessus, il serait assez facile de considérer qu'il s'agit de simples pirates qui contournent la législation sur le droit d'auteur, mettent à mal (c'est une hypothèse) la pérennité économique des éditeurs, dont la condamnation par les tribunaux serait éminemment souhaitable.
La réalité n'est pas si simple... En effet, ces petits groupes se comportent, ont des réflexes de bibliothécaires : ils classent les livres en fonction de leur pertinence, créent des dossiers de manière élaborée, et il est difficile de considérer qu'il s'agit simplement de groupes d'activistes qui veulent « mettre à bas le système capitaliste ». Bien au contraire, ces groupes semblent considérer les livres en fonction de leurs qualités intrinsèques, non pas en fonction de leur valeur commerciale. Ainsi, certains sites Internet de partage, privés, mettent à disposition de leurs membres des ensembles dédiés par exemple à l'étude de la Turquie, de l'Égypte, qui vont rassembler « le meilleur » de la littérature historique, géographique, sociologique, par rapport à ces États, écrits depuis un siècle. Ces pirates-là ont des réflexes innés (je doute que tous aient suivi des cursus universitaires de documentalistes), de bibliothécaires qui trient, classent, référencent, avant de mettre à disposition toute cette matière sur Internet.
Il manque des sociologues pour étudier ce phénomène, dont la portée paraît considérable, en même temps qu'il est nécessaire que les éditeurs réfléchissent à ce phénomène, inéluctable dans la mesure où il suffit d'une copie papier pour que ces groupes diffusent le livre dans sa forme numérique, la plupart du temps avec une qualité bien supérieure à celle offerte par Google Recherche de Livres ou le projet Gallica de la Bibliothèque Nationale de France.

Ce billet aura certainement une suite.
Parce que ce phénomène paraît très important, qu'il ne sert à rien d'éluder le sujet, bien que je craigne qu'il ne soit sujet à de trop violentes polémiques.

N.B. : je n'ai cité dans ce billet aucun « groupe » ou site Internet privé de partage de fichiers, afin qu'il ne me soit pas reproché de faire l'apologie du piratage. Je n'ai pas non plus abordé à dessein le phénomène de numérisation par certains groupes de la presse nationale, quotidienne ou hebdomadaire. Il est par exemple désormais très facile de « récupérer » sur certains sites Internet, jour après jour, une copie du Monde, qui a été numérisée, et chaque semaine, un exemplaire du Canard Enchaîné, de Courrier International ou de Marianne.

mercredi, septembre 3 2008

La Free Software Foundation fête ses 25 ans !

La Free Software Foundation (en français, Fondation pour le Logiciel Libre) fête ces jours-ci ses vingt-cinq ans. Il est certainement utile de rappeler ici, en quelques phrases, le rôle majeur de la Fondation pour le Logiciel Libre, dirigée par la figure charismatique de Richard Stallman, dans l'évolution de notre environnement de vie. Sans la rédaction de la licence GNU, licence dite des « logiciels libres » ou « Free software », le mot Free signifiant avant tout libre, et non pas seulement gratuit, le système d'exploitation libre GNU/Linux n'existerait pas, mais l'ensemble du mouvement pour les archives ouvertes, qui nous permet chaque jour de lire des thèses et documents d'une grande valeur, que l'on soit sociologue ou mathématicien, n'aurait certainement pas pu le jour. Pas plus que l'ensemble des sites Internet littéraires, qui utilisent des systèmes de gestion de contenus tels que SPIP, diffusé sous licence GNU. Les licences Creative Commons n'auraient également pas été imaginées sans le travail préparatoire effectué par la FSF. Notre dette à l'égard de la Free Software Foundation (FSF) est immense, bien au-delà de ce que nous imaginons souvent. Pour fêter avec dignité cet anniversaire, la Free Software Foundation nous invite à regarder un film de l'acteur, nouvelliste et metteur en scène Stephen Fry. Cette vidéo de Stephen Fry, en anglais mais bientôt traduite en français, nous invite à reconsidérer nos positions par rapport aux logiciels propriétaires, avec beaucoup d'humour.

Cliquez ici pour rejoindre le site Internet de la Free Software Foundation et regarder la vidéo de Stephen Fry.

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