Le Bloc-notes Lekti

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Livre et numérique

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jeudi, décembre 9 2010

Avenant numérique sur contrats d'édition, notre démarche

Les relations auteurs/éditeurs sont particulièrement tendues, sur la question des droits numériques.
Le contrat d'édition « classique » n'est pas du tout adapté à l'environnement numérique, comme de très nombreux commentateurs l'ont remarqué.
Afin de nourrir à notre tour la réflexion, nous mettons en annexe à ce billet l'avenant numérique qui a été élaboré par nos soins, dont les termes ont été acceptés par l'ensemble des éditeurs qui travaillent avec nous sur le numérique Un avenant numérique dont l'une des priorités, lors de la conception, a été de rééquilibrer les relations auteurs/éditeurs dans le contexte numérique, et d'aller dans le sens d'une très grande simplicité.
Vous pouvez télécharger et utiliser si vous le souhaitez ce modèle d'avenant, qui suit sur beaucoup de points les recommandations de la Société Des Gens de Lettres.

N.B. : cet avenant numérique est construit autour de la relation papier/numérique. Il n'a donc pas de sens dans le cas d'œuvres créées directement pour une exploitation en numérique. Dans ce dernier cas, le modèle établi par Publie.net semble le plus pertinent.

mercredi, mai 12 2010

Des nouvelles de Jean-Baptiste Botul

Jean-Baptiste Botul nous a fait l'honneur de nous écrire, pour signaler la mise en ligne de son dernier texte, rapport à BHL.

D'un petit clic de souris, vous pouvez lire en ligne le dernier opuscule de Jean-Baptiste Botul. Il vous suffit de suivre le lien suivant :

http://www.lherbentrelespaves.fr/BHL.html

mardi, avril 13 2010

Pierre Michon, à écouter sur le blog de William Irigoyen

Étant donné qu'il nous arrive souvent de réagir avec retardement, sur Lekti-ecriture.com, et que tout cela n'est pas forcément grave dans un monde de l'Internet pilonné par l'idée de l'instantanéité, petit focus vers le blog toujours si bien tenu de William Irigoyen, sur le site d'Arte.

Le 24 juillet dernier, Pierre Michon accordait une interview de plus d'une heure à William Irigoyen, une ressource toujours disponible en libre accès en cliquant sur le lien suivant : écouter l'interview de Pierre Michon par William Irigoyen..

Comme le signale William Irigoyen, une lecture du dernier livre de Pierre Michon, Les Onze, est en libre accès à cette adresse : http://www.culturesfrance.com/evenement/Pierre-Michon-lit-Les-Onze/evpg847.html

Et si tout cela vous donne envie d'acheter les livres de Pierre Michon, vous pouvez vous rendre sur la librairie en ligne Lekti, où l'ensemble de ses livres sont disponibles en vente, il vous suffit de suivre le lien suivant : http://www.lekti-ecriture.com/librairie/pierre-michon.html.

P.S. aux développeurs des blogs d'Arte, qui apprécient apparemment beaucoup Java : par pitié pour William Irigoyen, afin que son blog soit référencé correctement sur l'Internet, merci d'éviter de créer des URL aussi longues que le fleuve Potomac sur les blogs d'ARTE. Il devient difficile pour ceux qui veulent relayer le travail de William Irigoyen de créer des liens autres que ceux qui visent la page d'accueil de son blog.

lundi, mai 11 2009

Éditions Sillages, Ebooks en libre accès

Parmi les éditeurs qui ont mis en place une politique volontariste d’accès gratuit à leur catalogue de livres électroniques, L’Éclat nous a bien évidemment montré la voie en 2000.
Depuis cette date, de nombreux éditeurs, surtout parmi les indépendants, plus prompts à vouloir faire découvrir leurs livres — dans la mesure où la couverture médiatique et la présence en librairie de leur production, est moindre — ont repris cette idée, qu’il s’agisse de La Fabrique, d’Agone et d’Amsterdam (pour certains de leurs titres), ou encore du label Zones de La Découverte.
Beaucoup de sciences humaines donc, une démarche plus timide en ce qui concerne le secteur de la littérature (à l’exception notable de certains textes de Publie.net, mis notamment en libre accès au moment du dernier Salon du Livre grâce à un partenariat avec Arte).
Les éditions Sillage, qui font un travail remarquable en littérature (notamment au niveau des textes du XIXe et début du XXe siècle), ont ouvert une page Internet à partir de laquelle il est possible de télécharger l’ensemble des livres de leur catalogue, au format PDF. Pour s’y rendre, il vous suffit de suivre le lien suivant :

http://editions.sillage.free.fr/livreelectronique.html

Une démarche heureuse pour tous les curieux, dans une optique de « don », comme toutes les précédentes, à ne surtout pas confondre avec certaines mises à disposition gratuites financées par la publicité, telles que Google Recherche de Livres. Dans le premier cas, il s’agit d’une politique délibérée d’abandon de la jouissance d’un bien, un effort, qui n’implique pas de retour (sauf la promotion du ou des catalogues). Dans le second cas, il s’agit d’une vraie logique économique à l’œuvre.

dimanche, mars 22 2009

« Portrait du pirate en conservateur de bibliothèque », version revue et augmentée

La série de trois billets intitulée « Portrait du pirate en conservateur de bibliothèque », de Joël Faucilhon, avait rencontré un succès étonnant et beaucoup de commentaires.

Il est désormais possible de lire une version actualisée et augmentée de ce texte sur Contre-feux, la revue littéraire de Lekti-ecriture.com.

Il vous suffit de suivre le lien suivant pour lire ce texte : http://www.lekti-ecriture.com/contrefeux/Portrait-du-pirate-en-conservateur.html.

mardi, février 3 2009

La NRF chez William Irigoyen

À noter : sur l’excellent blog de William Irigoyen, sur le site Internet d’ARTE, la publication d’un entretien avec Michel Braudau, à l’occasion du centenaire de la Nouvelle Revue Française.

Cliquez ici pour lire l’entretien.

Le poing et la plume, blog de William Irigoyen, est une ressource importante pour tous ceux qui s’intéressent au livre et à la musique.

samedi, décembre 6 2008

Places de marché sur Internet : la mise en concurrence de « tous contre tous », l'appauvrissement de « tous par tous »

Ebay, PriceMinister, Amazon MarketPlace et quelques autres. De grands noms plein de promesses pour les consommateurs : des endroits d’une richesse extrême, qui laissent présumer qu’il est possible d’acheter un ou plusieurs éléments auprès de vendeurs, particuliers ou professionnels à des prix particulièrement bas.

Si la crise touche lourdement tous les secteurs, y compris celui du livre, ces sites Internet là sont naturellement protégés. Les analystes financiers ne s’y trompent guère, d’ailleurs, puisqu’ils estiment tous, de manière unanime (à l’exception d’Ebay « plombé » par des problèmes liés la direction actuelle), que ces sites Internet, qui disposent d’une large « place de marché », seront certainement ceux qui vont particulièrement bien résister à la crise générale économique dont nous ne connaissons certainement que les balbutiements.

Pourquoi ?

Si les ménages s’appauvrissent, ils vont être obligés de vendre leurs biens, à commencer par les CD, les DVD et les livres qui constituent leurs bibliothèques et leurs médiathèques personnelles. Les ventes vont se faire sur des moyennes qui s’affaissent au cours des semaines, de manière très nette. Parce que les plus pauvres n’auront pas le temps d’attendre que leurs CD, DVD ou leurs livres soient vendus à des prix plus élevés. Et dans un contexte de crise profonde, tel que celui dans lequel nous sommes plongés, il existera toujours quelqu’un de plus pauvre, de plus endetté, pour accepter qu’un livre ou un DVD soit vendu à un prix dérisoire. Dans le sillage de ce phénomène, les vendeurs professionnels, notamment les bouquinistes qui utilisent largement ces places de marché, seront eux aussi obligés de « s’aligner à la baisse », et de vendre toujours moins cher les livres dont ils disposent. Les bouquinistes, dont on ne parle jamais lorsqu’il s’agit du livre, jouent un rôle majeur dans la circulation du savoir, dans nos sociétés européennes. Leur situation n’a jamais été aussi fragilisée par la concurrence qu’ils subissent de la part des franges les plus pauvres de notre société, accablés par les dettes, et prêts à mettre en vente leurs livres à des prix modiques.

Seule constante dans tout cela : les marges sur les ventes, prises par les grandes places de marché, notamment Amazon ou Priceminister, ne vont guère évoluer à la baisse. Elles ont même tendance à augmenter régulièrement depuis plusieurs années. Pierre Kosciusko-Morizet (oui, il s’agit bien du frère de Nathalie Geneviève Marie Kosciusko-Morizet, actuelle secrétaire d’État chargée de l’écologie dans le gouvernement Fillon), PDG de PriceMinister, sait d’ailleurs très bien la période de crise profonde qui s’annonce lui est favorable. En témoigne le sous-titre de son interview accordée au Journal du Net en novembre dernier : Pour les meilleurs, la crise va être très profitable, indique-t-il. Toujours selon la même source, PriceMinister vise 30% de croissance en 2009, et surinvestit en communication, tout azimut, comme en témoigne les campagnes massives d’affichage dans le métro parisien. Puisque c'est « pendant les crises qu'on peut prendre des parts de marché ».

Les places de marché témoignent d’une très bonne presse auprès du public le plus large possible : reste que cette mise en concurrence de « tous contre tous », professionnels contre particuliers, particuliers pauvres contre d’autres plus pauvres encore, sur ces espaces, signifient avant tout « l’appauvrissment de tous par tous ». Il serait utile de commencer à s’en rendre compte.

mercredi, novembre 26 2008

Portrait du pirate en conservateur de bibliothèque (3/3)

Je l'avais souligné dans le texte précédent, les pirates qui mettent à disposition des internautes un certain nombre de « collections » ou de textes sur des sites privés ou semi-privés sont apparemment conscients de la fragilité du numérique, et cherchent à tout prix l'emploi des formats ouverts, qu'ils estiment « pérennes » dans le temps. Voilà une raison de plus de les comparer à des « conservateurs de bibliothèque », puisque ces derniers doivent veiller, s'assurer que « toute mesure de surveillance, de protection, de reproduction et de communication propre à préserver l’intégrité du document » soit prise (Extrait de La charte des bibliothèques adoptée par le Conseil supérieur des bibliothèques le 7 novembre 1991).

Or, assurer la conservation et la pérennité des documents, lorsqu’ils sont numériques, est une tâche difficile, voire impossible en l’état actuel des techniques. Je me souviens encore avoir posé la question, lors du colloque Livre 2010, en 2007, à Jean-Pierre Cendron, alors délégué à la stratégie pour le projet Gallica, à ce propos. Sa réponse, telle que consignée dans le compte-rendu de la table ronde, fut la suivante : Se plaçant sur le terrain de la conservation, Jean-Pierre Cendron a rappelé que contrairement au papier et au microfilm, nous ne connaissions pas, encore aujourd’hui, quelle pouvait être la pérennité du support numérique. (voir ici pour la source)

Une réponse honnête, qui sous-tend une réalité peu amène. Nous sommes en train de procéder à une numérisation massive de notre savoir, sans avoir la moindre idée des délais pendant lesquels notre patrimoine restera disponible, en raison même de la nature du numérique. Avec donc, un risque accru de perdre l’ensemble des savoirs, qui sont de plus en plus « numériques dès le départ » (photographies, films, audio, manuscrits d’auteurs et copies d’éditeurs, etc.). Ce risque immense de la page blanche, des savoirs perdus de manière irrémédiable en raison de la fragilité intrinsèque du support numérique, nous en voyons déjà parfois, timidement, les conséquences. Tel ou tel chercheur du CNRS ou d’un autre centre se plaint que la copie numérique qui a été confiée à l’INA (dont la mission principale est pourtant la conservation !) soit perdue. Cela arrive de plus en plus souvent…

En réalité, la fragilité du numérique est extrême, pour deux raisons principales :

  • l’extrême hétérogénéité des formats employés, souvent propriétaires, avec lesquels le savoir numérique est construit. Du côté du livre, par exemple, beaucoup d’éditeurs sont obligés de refaire les maquettes de leurs livres déjà composés il y a parfois cinq ans, mais sous des logiciels qui n’existent plus, ou dont la compatibilité avec les versions actuelles n’est qu’apparente. Il faut remercier ici des firmes telles que Quark ou Adobe, qui n’organisent aucune compatibilité ascendante entre leurs familles de produits, qu’il s’agisse respectivement de Quark ou Indesign. Et quelle différence, de ce point de vue, avec les méthodes employées par bien des éditeurs scientifiques ou techniques, notamment anglo-saxons, qui s’appuient au moment de composer leurs livres sur des standards ouverts et cohérents tels que LaTex, ce qui leur permet de reprendre leurs épreuves plus de vingt ans après, sans aucun souci…
  • Le numérique est également fragile en raison de la nature des supports. Que cela soit l’optique (CD-ROM, etc), ou les supports magnétiques tels que les disques durs, il s’agit d’éléments extrêmement fragiles, prompts à s’effacer rapidement, et pas seulement de manière intentionnelle. Pour parer à cela, il n’existe qu’un moyen : la duplication, que l’on voudrait (presque) à l’infini, en permanence, pour s’assurer que sur dix baies remplies de disques durs contenant les mêmes données, dans quinze ans, il existe au moins un disque dur qui fonctionne encore et contienne les éléments qu’il a fallu conserver un jour. Un marché s’est donc fortement développé ces dernières années, celui du stockage. Avec un coût extraordinaire pour les bibliothèques. Mais cela, les équipes de Gallica ou de la British Library le savent bien que moi, eux qui doivent sans cesse, chaque jour, organiser des « stratégies » de réplication des données, lancer des appels d’offre pour obtenir, chaque jour, toujours plus de pétaoctets de stockage…

Mais ce qu’une Bibliothèque patrimoniale peut envisager, en matière d’efforts financiers pour pérenniser le savoir numérique, et sans pour autant obtenir des certitudes, aucune autre structure ne peut le faire.

Le risque de la page blanche, d’un effacement partiel ou total du savoir conservé sous forme numérique, est donc bien réel.

Numériser N’EST PAS conserver.

En réalité, la seule issue, compte tenu de la fragilité du support numérique, reste de disséminer le savoir numérique. Et c’est là où les « groupes de pirates », qui échangent sans cesse leurs fichiers (textes, vidéos...) en essayant de conserver l’accès à leurs fichiers le plus longtemps possible, jouent un rôle majeur. Étant donné qu’ils ont tendance (du moins, pour certains groupes privés ou semi-privés, via le protocole Bitorrent), à archiver, organiser des collections sous des formats ouverts, à les diffuser sur des milliers de machines qui restent éloignées les unes des autres, physiquement, ils accentuent les chances d’éviter ce risque fou d’une « page blanche », au niveau du savoir numérique.

Il existe donc là un vrai paradoxe : les pirates qui bafouent, violent chaque jour les législations sur le droit d’auteur et le Copyright sont peut-être, en même temps, la seule chance de survie du savoir numérique. Et il est plausible d’imaginer qu’un jour, pas si lointain, certains auteurs, éditeurs ou producteurs, aillent chercher la seule copie encore existante de leur travail auprès des pirates. Voilà encore le pourquoi du titre, qui semble provocateur : « portrait du pirate en conservateur de bibliothèque ». Le but n’est pas de donner une image idyllique du « pirate » sur Internet, puisqu’il enfreint de manière systématique les lois sur le droit d’auteur, mais de mettre en relief certaines réalités qu’il semble absurde d’ignorer plus longtemps…

dimanche, novembre 23 2008

Portrait du pirate en conservateur de bibliothèque (2/3)

Portrait du pirate en conservateur de bibliothèque (seconde partie)

Dans le billet précédent, il était question de la figure du pirate en tant qu'individu qui organisait des « collections », qui rassemblait différents éléments audio, textes et vidéo, pour les mettre à disposition sur l'Internet, sans jamais tenir compte, évidemment, du droit de la propriété intellectuelle (ou du Copyright anglo-saxon). Ce non-respect de la propriété intellectuelle rend ce genre de démarche particulièrement efficaces : pas de demandes à effectuer aux ayant droits, pas de refus à respecter de leur part, tout ceci rend la démarche qui vise à constituer une collection réellement rapide et efficace. Bien plus efficace que la mise en place de fonds par des bibliothèques patrimoniales qui doivent, de leur côté, respecter le Code de la propriété intellectuelle, ou la législation en vigueur sur le copyright.

Et les pirates réorganisent sans cesse les morceaux épars dont ils disposent. Les collections qu'ils mettent à disposition sur les réseaux pair à pair (peer to peer) sont sans cesse en cours de réorganisation et de montée en puissance. S'il était rare, il y a deux ans, de voir des ensembles de documents dépasser 1Go, il est désormais courant d'obtenir de larges collections de textes qui font près de 10Go, voire plus pour certaines d'entre elles. Tout ceci représente un phénomène déjà connu. Ce qui l'est moins, c'est la volonté des pirates de numériser avec des formats ouverts, qu'ils estiment « pérennes » et sûrs. Autrement dit, ils ont la volonté de mettre à disposition des documents audio, vidéo, ou textes, dont ils s'assurent qu'ils pourront être exploités sur le temps long. Dans ce sens également, ce sont de véritables « conservateurs de bibliothèque », disposés dans leur projet à vouloir assurer une pérennité dans leur travail. Dans le domaine de l'audio par exemple, alors que le format mp3 (format propriétaire, qui entraîne une dégradation par rapport à une copie originale) était systématiquement privilégié sur les anciens réseaux pairs à pairs, tels que Gnutella, la nouvelle génération de pirates s'attache à « ripper » les CD, notamment ceux de musique classique, mais pas seulement, dans des formats ouverts ¬— donc pérennes — qui n'entraînent aucune dégradation au niveau du signal, tels que le FLAC.

Puisque c'est bien de cela dont il s'agit : d'une nouvelle génération de pirates, qui n'a sans doute pas grand chose à voir avec ceux qui téléchargeaient des morceaux MP3 sous Napster, il y a seulement dix ans. Cette nouvelle génération préfère la rareté : les films d'auteurs, les vieux enregistrements vinyle considérés comme des « classiques », ou encore des livres de référence en sciences humaines ou en philosophie. Ils n'agissent jamais au hasard, procèdent à un tri « intelligent », comme un bibliothécaire, avant de mettre à disposition leurs réalisations sur l'Internet. Ces pirates-là sont animés par une volonté manifeste de « faire partager », et ne sont pas motivés simplement par une haine farouche contre les grands producteurs, en matière audio et/ou vidéo. Aucun discours haineux contre les « Majors », aucune volonté de « détruire » l'industrie du disque, du DVD ou de l'édition, au sein des forums des groupes fermés ou semi-fermés qui pratiquent la mise à disposition de « collections », via le protocole Bittorrent. Ce qui n'était pas le cas de la génération précédente de pirates. Cette volonté acharnée de « faire partager » se traduit par la mise en place de certaines règles assez sévères : la plupart du temps, il est nécessaire de maintenir un ratio entre la réception de données et l’émission qui soit supérieur à deux. En d’autres termes, il est nécessaire de diffuser deux fois plus de données que celles qui ont été reçues, pour éviter d’être « banni » — c’est là le terme consacré, qui n’est pas sans rappeler la notion de bannissement dans les communautés de pirates des Caraïbes, au XVIIIe siècle. D’ailleurs, comme au sein des communautés de pirates du XVIIIe siècle, il s’agit de groupes « fermés », qui se renouvellent assez peu, de nouveaux membres étant intégrés seulement par affinités électives, et devant souvent prouver qu’ils sont membres d’autres groupes, et que leur ratio de partage est très élevé dans ces derniers, généralement supérieur à deux.

Ce n'est plus la même génération de pirate, ce n'est plus, également, le même type d'« économie », au niveau du piratage des œuvres. Il y a encore trois ans, le piratage sur Internet était un « marché de l'offre », dans la mesure où les internautes « prenaient ce qu'ils trouvaient ». Par un pur réflexe « consumériste », pourrait-on dire. Actuellement, le phénomène s’inverse, sous l’influence de ces petits groupes qui utilisent le protocole Bittorrent. En effet, certains de leurs membres procèdent à des « demandes », sur un domaine précis, concernant un texte ou un CD déterminé, et les autres membres essaient de répondre le plus rapidement possible à cette demande. Le marché s’organise désormais selon le modèle de la demande, non plus de l’offre. Et il est de plus en plus difficile de trouver des documents audio, vidéo et/ou textuels qu’ils ne sont pas en mesure de diffuser rapidement. La généralisation du prêt en bibliothèque (non pas en France, mais plus généralement en Europe et dans tous les pays occidentaux), joue certainement là-dessus un rôle majeur, puisque de nombreux pirates profitent d’une période de prêt pour « ripper » CD et DVD, et les mettre à disposition au sein de leurs groupes.

Quant à la problématique du respect de la législation sur le droit d’auteur, il s’agit là d’un élément qui a été définitivement « évacué ». Ce problème n’est jamais abordé, sauf par certaines communautés liées à la bande dessinée, qui répètent sans cesse ces mots : « si vous aimez cet auteur, alors achetez la bande dessinée ». Ailleurs, il n’est jamais fait mention d’un quelconque débat sur la notion de « propriété intellectuelle » et de « droit d’auteur ». Pas la moindre justification, même grossière. Non, toute référence au droit d’auteur est bannie, comme si cette notion n’avait jamais existé. Pas plus qu’il n’existe nulle part, au sein de ces « communautés », de débat autour de la crise actuelle rencontrée par l’industrie du disque ou celle du DVD, ou la moindre mention d’un texte à ce propos. En réalité, c’est l’ensemble du contexte économique lié à la création, qu’elle soit phonographique, audiovisuelle ou textuelle, dont il n’est jamais question.

samedi, novembre 22 2008

Peut-on critiquer librement l'Internet ?

Internet rassemble un certain nombre de techniques liées aux technologies des réseaux et de l'informatique.

Par nature, comme toute technique, Internet est « neutre ». En revanche, les usages d'une technique, par un groupe humain ou un individu, ne le sont jamais.
André Leroi-Gourhan a consigné ces éléments dans des livres qui demeurent précieux. Un bistouri, qui est en lui-même un outil déjà très évolué, peut être une chance s'il est mis entre les mains d'un chirurgien adroit qui peut sauver des vies avec cet outil, en même temps qu'il peut être un outil létal, qui porte un coup fatal à un homme dans la rue.

Il en est de même pour l'Internet : l'ensemble des techniques liées à ce que nous appelons l'Internet peut être une chance pour l'homme, un outil d'émancipation, notamment par sa capacité à mettre le savoir à disposition d'une majorité d'hommes et de femmes, en même temps que l'Internet peut être un outil très performant de contrôle et de surveillance des hommes, d'assujettissement extrême.

Or, il semble qu'il soit de plus en plus difficile d'exercer une capacité critique à l'égard de l'Internet et des technologies liées au numérique. La tendance actuelle est d'affirmer — comme le fait en ce moment chaque jour Eric Besson, chargé dans le gouvernement Fillon de la fonction de « secrétaire d’Etat chargé de la Prospective, de l’Evaluation des politiques publiques et du Développement de l’économie numérique, auprès du Premier ministre » (ouf) — qu'Internet est un outil extraordinaire, démocratique, ouvert vers les autres. Il n'est nullement besoin d'interroger les usages et les modèles économiques et sociaux des grands acteurs de l'Internet. D'où ce plan formidable, « France numérique 2012 », présenté en octobre dernier par le gouvernement français.



De manière générale, tout discours critique envers les usages et les pratiques de l'Internet est exclu et le plus souvent, les quelques personnes qui se risquent à critiquer l'outil Internet sont rabrouées de manière souvent violente avec un argument unique et définitif : « vous n'acceptez pas l'évolution, vous êtes rétrograde. »

Tout individu qui se risque désormais à s'interroger, voire pire, c'est-à-dire critiquer, l'évolution des usages ou les acteurs de l'Internet, et les problématiques liées à la « révolution numérique », semble devoir être voué aux gémonies.

Nous disposons désormais de véritables « chiens de garde », au sens où employait ce terme Paul Nizan, dans un texte majeur écrit en 1932 qui s'assurent, bien à l'abri du haut de leur tour de verre numérique, en verre dépoli, que toute réflexion critique envers les usages et les acteurs de l'Internet, ne puisse aboutir.

En réalité, nous n'avons jamais eu tant besoin d'un regard critique envers l'Internet et le numérique.

Parce qu'il est nécessaire de s'interroger sur les modèles sociaux qu'entraîne la montée en puissance de l'économie numérique, basée le plus souvent sur l'association entre des informaticiens et des cadres bien payés, intéressés aux bénéfices par le biais de Stock options, une masse laborieuse pour la logistique, recrutée en contrats précaires, qui travaille dans de vastes entrepôts dont nous ne savons pas grand chose, hors leur existence, des plate-formes d'appel situées dans des pays pauvres (ou marqués comme étant « en développement »), et des « petites mains » chargées du référencement des grands sites Internet, à Madagascar ou ailleurs, avec des salaires que l'on peut qualifier d'indécents.

Parce qu'il est tout aussi essentiel d'interroger les pratiques des grandes firmes de l'Internet, dont assez peu (pour ne pas dire aucune), ne respecte des droits élémentaires liés à la confidentialité ou à la vie privée (voir les passes d'armes, depuis deux ans, par exemple, entre Google et l'Union Européenne en la matière).

Parce qu'il est vital de poser certaines questions élémentaires sur l'utilisation des contenus générés par les utilisateurs, qui deviennent la propriété (presque) exclusive de grandes firmes sans que les individus en soient la plupart du temps informés (voir dans ce cas l'exemple de la réutilisation des données d'un cite comme Cityvox, vendues et exploitées par Google dans le cadre de l'accord Cityvox-Google Maps).

Parce qu'au moment où d'immenses chantiers de numérisation des « contenus », que cela soit du texte, du son ou de la vidéo, s'ouvrent, aucune réflexion n'est portée sur des enjeux majeurs, tels que la pérennité des formats numériques.

Tout ceci, et bien d'autres choses encore, mérite des interrogations approfondies. D'où la mise en place d'une nouvelle catégorie sur le bloc-notes Lekti-ecriture.com, intitulée « Internet, espace critique », destinée à accueillir certains textes publiés dans les prochaines semaines.

jeudi, novembre 6 2008

Pirates !

Le billet « Portrait du pirate en conservateur de bibliothèque », rédigé voici quelques semaines, a semble-t-il interrogé certains esprits curieux.

Tous ceux qui s'intéressent à ce phénomène ne devraient pas (à mon avis) se passer d'une lecture essentielle, celle de la revue Critique (éditions de Minuit), dans sa livraison n°733-734, consacré au phénomène de la piraterie à travers les âges, y compris jusqu'aux figures du pirate sur l'Internet.

Voici ci-dessous une présentation de ce numéro, par les éditions de Minuit :

Critique, numéro 733-734

Dans ce numéro de la revue Critique, les auteurs intérrogent la figure historique et mythique du pirate, sous toutes ses formes, depuis la figure très classique du pirate maritime aux pirates informatiques, présents seulement depuis quelques décennies. Quelle place pour les pirates et les piratages sur le web ? dans les musiques actuelles ? dans les nouveaux mouvements sociaux mondialisés ou dans les débats sur la post-humanité ? Quel rôle joue cette nouvelle flibuste dans la (contre-)culture savante ou populaire ? Comment une piraterie aux traits rajeunis est-elle à son tour mobilisée, récupérée, voire piratée par la « flotte impériale » qu’elle combat ? Est-ce avec effroi ou jubilation qu’il faut crier : «Pirates ! »''

Ce livre est disponible sur la librairie Lekti-ecriture.com, il vous suffit de suivre le lien suivant pour en savoir plus : http://www.lekti-ecriture.com/librairie/livre/critique-n-733-734-9782707320476.html

mercredi, octobre 29 2008

Google, au delà de Google Recherche de Livres

Hier, 28 octobre 2008, un accord a été trouvé aux États-Unis entre la société des auteurs américains (The Authors Guild) et le syndicat américain de l'édition américain, dans le procès qui les opposait à Google depuis deux ans.

Les raisons de ce procès sont relativement bien connues : il était reproché à Google de numériser des livres sous droit d'auteur sans l'accord des ayant droits, et de mettre à la disposition des internautes de courtes citations de ces livres, ce qui représentait une entorse grave à la loi sur le copyright, selon éditeurs et auteurs américains, alors que Google répondait qu'avec ces citations, la firme respectait la loi sur le Copyright, les extraits de livres rentrant dans le cadre du droit de citation. Voici pour le contexte.

Hier soir, fut trouvé un terrain d'entente entre auteurs, éditeurs et Google. Pour plus de détails sur cet accord, il est utile d'aller voir l'excellent (et très long) billet Olivier Ertzscheid, à cette adresse : http://affordance.typepad.com/mon_weblog/2008/10/google-books-le.html. Inutile de revenir dessus, compte tenu du travail de synthèse effectué par Olivier Ertzscheid. Peut-être simplement signaler qu'en fin de compte, après avoir payé la somme de 125 millions de dollars, Google se retrouve avec le droit de numériser l'ensemble des livres qu'il souhaite, y compris ceux protégés par la législation sur le copyright. Petit bémol : cet accord n'est valable que pour les États-Unis. Le Syndicat National de l'Édition (SNE) et la SGDL (qui regroupe les auteurs), en France, qui ont intenté le même procès à Google pour les mêmes raisons que son homologue en 2006, n'ont pas pour l'instant abandonné la partie.

Ces informations concernent le monde du livre. Mais il est nécessaire sans aucun doute de « faire un pas de côté » pour comprendre quelle logique sous-tend la stratégie du moteur de recherche, dont le projet Google Books n'est qu'une (toute) petite partie.

Le modèle économique de Google est celui de la publicité, depuis le départ. Perdre de vue cette idée simple, mais essentielle, ce postulat de départ, serait se priver de tout moyen de comprendre la stratégie globale du moteur de recherche.

Google a besoin d'espace. De plus en plus d'espaces pour afficher la publicité contextuelle (les fameux Adwords et AdSense), qui sont au cœur de sa stratégie de développement. Et il lui faut beaucoup d'espace, au moment où Internet devient un média de masse qui capte de plus en plus les grandes campagnes de publicité (Internet est devenu en 2007 le troisième support de publicité, derrière la presse et la télévision, et la part de l'Internet dans la publicité continue sans cesse de progresser, au détriment des autres supports).

Pour Google, ces espaces où la publicité peut être affichée sont essentiellement, pour l'instant, de deux types : les pages de résultat des moteurs de recherche (publicités Google Adwords), et les et les sites Internet qui présentent des publicités contextuelles Google (publicités Google AdSense).

Avec la montée en puissance du canal Internet, pour la publicité, Google a besoin, sans cesse, de nouvelles pages, quelles qu'elles soient, pour afficher les campagnes publicitaires de ses annonceurs.

Le risque, pour cette firme, serait de « manquer d'espaces », de pages Internet où placer Adwords et AdSense. C'est là un risque et un défi majeur pour Google. D'ailleurs, signe des temps, depuis quelques mois, une nouveauté discrète s'est fait jour : une barre défilante sur les publicités AdSense (celles qui figurent au sein des sites Internet qui prennent un accord avec Google), qui permet de placer plus de publicités sur un espace de même dimension, au sein d'un site Internet.

Le besoin de Google en contenus où placer de la publicité contextuelle est frénétique, à la mesure de la croissance exponentielle du marché de la publicité sur Internet. Et le risque de saturation des espaces où placer de la publicité est réel. C'est certainement la première menace pour cette firme.

D'où la mise en place du projet Google Recherche de Livres, de la messagerie Gmail, du navigateur Chrome, et surtout des projets Google liés à la téléphonie portable. Idem pour le projet d'encyclopédie en ligne, rivale de Wikipedia, baptisée Knol. Wikipedia représente un immense « gâchis », puisque ces millions de page ne contiennent aucune publicité contextuelle. Alors, est né le projet Knol. L'offensive vise l'ensemble des contenus, et non pas seulement les livres.

Google Recherche de Livres n'est qu'un des volets, parmi beaucoup d'autres, d'une politique qui vise à « assurer de l'espace », pour les publicités de la firme, puisque ces dernières représentent son cœur de métier. Il serait certainement assez naïf de croire qu'il s'agit là d'un projet désintéressé.

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