Il y a trois semaines, la première décision de justice définitive — puisqu'il s'agissait d'un appel — concernant les frais de port offerts sur les livres étaient rendue. Alapage était condamné, et contraint par la justice de ne plus offrir les frais de port sur les livres, pratique désormais assimilée à de la vente à prime.

Au cours du week-end, afin de nous mettre en accord avec ce jugement, nous avons mis en place sur Les Espaces de l'édition indépendante une nouvelle politique de frais de port. Nous n’offrons plus les frais de port à partir de 25 euros, comme c’était le cas auparavant. Il n’existait guère d’autre choix, puisque la librairie associée à Lekti-ecriture.com, Clair-Obscur, fait partie du Syndicat de la Librairie Française, qui avait porté l'action en justice, concernant la pratique désormais interdite d'offrir les frais de port sur les livres.

Je savais, au moment de basculer en frais de port payants sur Les Espaces de l'édition indépendante de Lekti-ecriture.com, que je signais l'arrêt brutal des commandes en France métropolitaine. Il ne pouvait en être autrement, tant la politique de frais de port offerts, détermine ou pas une commande pour un lecteur. Je signais aussi, quelque part, l'arrêt de mort de Lekti-ecriture.com, puisque le financement de la structure Lekti-ecriture.com est assuré par la vente des livres sur Les Espaces de l'édition indépendante. Les grandes libraires indépendantes françaises qui ont suivi l'arrêté de justice (librairies Dialogues, Ombres Blanches et Sauramps), et pratiquent désormais une politique basée sur les coûts réels des envois, ont subi brusquement une désaffection de leur espace commercial. Il ne pouvait en être autrement, et tout le monde comprend l'envie des internautes lecteurs de bénéficier des offres les plus avantageuses. C’est certainement moins grave, bien que préoccupant, puisque les librairies indépendantes font encore la majeure partie de leur chiffre d’affaires au sein de leurs espaces physiques.

En attendant, Alapage, Amazon et Fnac.com continuent d’ignorer un jugement qui les met hors la loi, attendant certainement que soit prononcé un référé qui condamne Alapage à une astreinte quotidienne, pour ne pas vouloir suivre un jugement définitif.

Ce faisant, je suis en train de mettre en péril la structure Lekti-ecriture.com, pour m’être mis en conformité avec la loi.

Partant, je mets en danger l’assise d’un projet qui dépasse de très loin le cadre marchand, puisque le financement des ventes nous permet chaque jour de mettre à disposition toujours plus de textes en libre accès sur Contre-feux, la revue littéraire de Lekti-ecriture.com, ou d’intégrer de nouveaux éditeurs sur Les Espaces de l’édition indépendante de Lekti-ecriture.com.

Pour ma part, quelque peu fatigué depuis un an par trop de combats (dont certains étaient inutiles), convaincu que j’ai détruit ce week-end le socle économique de la structure, pour m’être mis en conformité avec la loi, alors que les superstores peuvent encore se permettre de l’ignorer.

Je suis en train de mandater un avocat d’affaires pour examiner les propositions de reprise de Lekti-ecriture.com, puisque certains groupes financiers s’intéressent depuis plusieurs mois de très près à la structure. Je ne doute pas de leurs intentions, parfois cannibales.

Je me donne trois semaines pour réfléchir à la situation.

En attendant, après cinq ans de travail sur Lekti-ecriture.com, il reste un sentiment d’amertume.

Joël Faucilhon