Le Bloc-notes de Lekti-ecriture.com

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jeudi, juillet 3 2008

Pour le livre (bis)

Les lecteurs et professionnels peuvent désormais signaler leur solidarité avec le texte publié hier sur le bloc-notes Lekti-ecriture.com, porté par l'interprofession du livre en France, en cliquant sur cette adresse : http://www.lekti-ecriture.com/signezpourlelivre/?petition=2.

Nous invitons évidemment les lecteurs et les professionnels à diffuser le plus largement ce texte, qui nous concerne tous.

mercredi, juillet 2 2008

« Pour le livre »

Nous reproduisons ici l'appel pour le livre paru dans Le Monde du 2 juillet à l'initiative du Syndicat de la Librairie Française. Celui-ci peut être signé en ligne sur le site http://pourlelivre.net qui contient aussi des informations précieuses et des argumentaires pour sensibiliser aux enjeux de la loi de 1981 et à la défense de la librairie. N’hésitez pas à en faire le plus large usage possible !

Des amendements proposés par des députés de la majorité parlementaire lors de l’examen du projet de loi de modernisation de l’économie ont ouvert un large débat sur la loi du 10 août 1981 relative au prix du livre, dite « loi Lang ».
Les professionnels du livre, auteurs, traducteurs, éditeurs et libraires, rejoints par les bibliothécaires et de nombreux acteurs du livre en régions, ont expliqué d’une même voix que ces amendements remettaient en cause la loi de 1981 et menaçaient les équilibres du marché du livre, ainsi que la diversité de la création et de l’édition françaises. Leur mobilisation a été relayée par des membres du gouvernement. Madame Christine Albanel, ministre de la culture et de la communication, a souligné combien cette loi restait un outil indispensable pour protéger la littérature. Madame Christine Lagarde, ministre de l’économie, de l’industrie et de l’emploi, quant à elle, a indiqué ne vouloir changer ni la politique du livre ni le système législatif actuel.
Les acteurs du livre sont néanmoins inquiets car beaucoup d’idées fausses sont colportées sur la loi par quelques multinationales du commerce culturel. Le lobbying qu’elles exercent auprès des parlementaires est à l’origine de ces amendements. Il vise à déréguler le marché du livre afin d’imposer un modèle commercial basé sur une volonté d’hégémonie et une stratégie purement financière. Derrière leurs arguments démagogiques mêlant modernité, défense du pouvoir d’achat et même écologie se cache un combat contre la création, la diversité, la concurrence et l’accès du plus grand nombre au livre.
Ce modèle culturel français, nous y sommes pour notre part indéfectiblement attachés. Ses vertus sont multiples. Avec plus de 2500 points de vente, le réseau des librairies est dans notre pays l’un des plus denses au monde. Il permet, aux côtés du réseau de la lecture publique, un accès au livre aisé et constitue un atout important pour l’aménagement du territoire et l’animation culturelle et commerciale des centres-villes. Ce réseau de librairies indépendantes cohabite avec d’autres circuits de diffusion du livre, les grandes surfaces culturelles, la grande distribution, les clubs de livres ou Internet. Depuis de nombreuses années et à l’inverse d’autres secteurs culturels comme le disque ou la vidéo, le marché du livre se développe sans qu’aucun circuit n’écrase ses concurrents. Chaque circuit joue son rôle et le consommateur bénéficie d’un véritable choix.
Pour la création et l’édition, cette densité et cette variété des circuits de vente du livre offrent à chaque auteur et à chaque livre le maximum de chances d’atteindre son public, qu’il s’agisse d’un premier roman, d’un ouvrage de recherche, d’un livre pour enfant, d’une bande dessinée, d’une œuvre traduite, du dernier roman d’un auteur connu, d’un livre pratique ou d’un ouvrage scolaire. Tous les livres pour tous les publics, voilà notre modèle.
Ce modèle, c’est la loi du 10 août 1981 sur le prix du livre qui en est le pivot et le garant. En permettant d’infléchir les règles du marché afin de tenir compte de la nature culturelle et économique particulière du livre, elle passe aujourd’hui pour l’une des premières véritables lois de développement durable. Elle confie à l’éditeur la fixation du prix des livres qu’il publie. Les livres se vendent au même prix quel que soit le lieu d’achat, dans une librairie, une grande surface ou sur Internet, durant au moins deux ans. Ce système évite une guerre des prix sur les best-sellers qui ne permettrait plus aux libraires de présenter une offre de titres diversifiée ni aux éditeurs de prendre des risques sur des ouvrages de recherche et de création qui ont besoin de temps et de visibilité dans les librairies pour trouver leur public.
De surcroît, le prix unique fait baisser les prix. Contrairement aux idées reçues, les chiffres de l’INSEE montrent en effet que depuis une dizaine d’années les prix des livres ont évolué deux fois moins vite que l’inflation.
En favorisant la richesse, la diversité et le renouvellement de la création et de l’édition, en lieu et place d’une standardisation si courante dans de multiples secteurs aujourd’hui, en permettant une variété et une densité de points de vente du livre particulièrement remarquables, en privilégiant une véritable concurrence au détriment de la « loi de la jungle » et en maintenant des prix beaucoup plus accessibles que dans la majorité des autres pays développés, le prix unique du livre est une chance pour le consommateur, pour le lecteur et pour notre culture.
La loi du 10 août 1981 n’est ni obsolète ni corporatiste. Si elle mérite un débat, c’est pour la rendre plus vivante et plus forte encore.

jeudi, juin 26 2008

Amendements à la Loi Lang, etc

La loi Lang ne sera pas modifiée, du moins pas encore. Les deux amendements qui visaient à faire passer les délais de soldes pour tout livre de deux ans à six mois ont finalement été retirés de la loi de modernisation de l'économie. Le premier amendement, du député UMP Christian Kert, l'avait été avant la séance par le député. Quant au second, de Jean Dionis du Séjour (député du Nouveau Centre), il a été maintenu mais repoussé lors du vote de la loi à l'Assemblée Nationale, le 13 juin dernier. Ce qui a valu à Jean Dionis du Séjour, il y a trois semaines, lors d'un débat sur France Inter, de se faire traiter d' « idiot », en direct sur l'antenne, par Alberto Manguel (merci à lui pour cette saine réaction !).

Mais nous n'en sommes qu'au début, et les lobbyistes de l'Assemblée Nationale, habiles à préparer des amendements ou des projets de loi pour des députés en mal d'idées, se sont apparemment renforcés de quelques nouveaux membres ces derniers mois (on susurre bruyamment que certains d'entre eux viennent d'outre-Atlantique, je n'ai pu vérifier l'information), bien décidés à enterrer la loi sur le prix unique du livre, au motif évident qu'une loi qui a vingt-cinq ans d'âge est forcément caduque. Je ne savais pas (encore) qu'une loi était tel un camembert, qu'il existait une date de prescription qu'il ne fallait pas dépasser.

Mais nous allons tous commencer bientôt à l'apprendre, ces ces deux amendements ne sont, selon la plupart d'entre nous, auteurs, éditeurs ou libraires, que deux tentatives modestes, avortées, qui annoncent une offensive plus générale contre des « archaïsmes » (la loi Lang) contre lesquels il faut forcément lutter.

Étrange impression, puisqu'il suffit de traverser la Méditerranée pour se rendre compte que les pays du Maghreb sont en train de mettre en place leur propre loi sur le prix unique du livre, que cela soit en Algérie, en Tunisie ou au Maroc. Notre loi archaïque est présentée comme d'un modernisme incroyable dans certains pays riverains de la Méditerranée.

Étrange paradoxe.

vendredi, juin 20 2008

La librairie est là !

Nous en avions parlé régulièrement au cours des deux dernières années.

L'ambition de créer une librairie au sein de Lekti-ecriture.com, qui rassemble un nombre volontairement limité de librairies physiques, indépendantes, reconnues pour la qualité de leur travail, est ancien.

C'est désormais une réalité.

Vous pouvez vous rendre compte de la réalité de notre travail à l'adresse suivante : http://www.lekti-ecriture.com/librairie. Il ne s'agit pas là d'un lancement « officiel » , simplement de l'envie de faire découvrir la librairie Lekti-ecriture.com en avant-première aux lecteurs du bloc-notes Lekti-ecriture.com, en leur signalant toutefois que les vitrines et les outils de remontée de stocks de certaines libraires ne sont pas encore actualisées. Tout sera prêt d'ici une semaine, de ce côté-là.

Vous pouvez néanmoins, si vous le souhaitez, dès maintenant, commander l'ensemble des livres présentés sur la librairie Lekti-ecriture.com.

Quant aux outils communautaires, à destination des lecteurs, après de longs mois de travail, ils seront progressivement mis en place au cours de l'été, alors même que le nombre de livres disponibles à la vente va augmenter de manière considérable, semaine après semaine.

Le nombre de librairies physiques associées va également progresser de manière considérable au cours des prochains mois, même si nous préférons agir de manière pragmatique et prudente.

Le chantier considérable induit par la mise en place de la librairie Lekti-ecriture.com explique la relative léthargie que certains d'entre vous ont peut-être ressenti au niveau de la revue littéraire Contre-feux, ou du bloc-notes Lekti-ecriture.com. C'est désormais terminé !

Nous souhaitons à tous de faire de belles découvertes (du moins, nous l'espérons), sur la toute nouvelle librairie Lekti-ecriture.com.

mercredi, juin 4 2008

Fontaine O Livres, actualités

Fontaine O Livres, qui se définit comme un trait d'union pour les professionnels du livre dans l'Est parisien (XIe arrondissement), qui accueille d'ailleurs Lekti-ecriture.com sur Paris, évolue, et propose au cours de ce semestre des rencontres avec des professionnels du livre.

Nous reproduisons ci-dessous la programmation pour les trois prochains mois, et une assez courte présentation de la structure :

Fontaine O Livres développe ses actions 2008 à partir de rencontres professionnelles animées par des professionnels experts. Ces rencontres ouvertes aux adhérents visent à ouvrir des horizons, à donner des outils, à comprendre les nouvelles tendances à l’international, les niches sur lesquelles les éditeurs indépendants ont intérêt à se positionner, à provoquer des échanges constructifs entre participants...

Fontaine O Livres souhaite profiter du lancement de ces rencontres pour ouvrir les adhésions à de nouveaux membres, en priorité aux éditeurs de l’est francilien (ou plus largement, de toute l’Ile de France). Contactez directement Yann Chapin, responsable de l’association : 01 43 14 03 94 / yann.chapin@fontaineolivres.com

Le programme des rencontres (20 participants maximum) :

Lundi 9 juin 2008 Expertise éditoriale - Les nouvelles tendances Répondre à la demande ; les nouveaux atouts de l'édition indépendante Intervention de Pierre Astier (Agence littéraire Pierre Astier & Associés – Fondateur du Serpent à Plumes)

Septembre 2008 — Economie du Livre Entre septembre et décembre 2008 (interventions de J. Faucilhon / Lekti-ecriture.com) La diffusion et l’outil Internet — Bibliothèques numériques, numérisation : état des lieux et modèles economiques

Octobre 2008 — Gestion des droits & développement

Novembre 2008 — L’édition indépendante dans le marché global

Décembre 2008 — Expertise graphique

Pour en savoir plus, accéder au site Internet de fontaine O Livres : http://www.fontaineolivres.com

mardi, juin 3 2008

Lekti-ecriture.com rejoint l'AFUL

Lekti-ecriture.com est devenu hier officiellement membre de l'AFUL ([Association Francophone des Utilisateurs de Linux et des logiciels libres).

Avec une envie, celle de promouvoir l'utilisation de standards et et l'interopérabilité au niveau du monde du livre, qui connaît souvent (trop) mal l'ambition et la philosophie du logiciel libre.

Au moment où les bibliothèques, patrimoniales ou locales, sont approchées par de nombreux groupes qui souhaitent leur vendre leur solution de numérisation de livres, à l'instant où de nombreux éditeurs et/ou libraires choisissent, par méconnaissance, des solutions « fermées » de diffusion de livres numériques, verrouillées par des DRM, aussi inefficaces du point de vue de la protection des œuvres, que dangereuses dans leurs conceptions (une œuvre, dans un système fermé tel que celui proposé par la plupart des plate-formes de téléchargement de livres, qu'elles s'appellent ebookstore de Sony, Numilog ou Amazon Kindle, devient un objet qu'il faut protéger contre sa diffusion), il paraissait nécessaire de s'associer aux groupes de travail de l'AFUL, et de dessiner des ponts entre l'univers du livre et celui du logiciel libre, deux écosystèmes qui se connaissent décidément trop mal, et qui auraient intérêt à travailler ensemble, afin de dessiner les esquisses de nouveaux moyens de diffusion pour les œuvres de l'esprit.

Pour en savoir plus, quelques liens :

Le site officiel de l'AFUL.

Le site ressource Eucd.info, édité par l'APRIL, autre association francophone de promotion du logiciel libre.

DefectiveByDesign, le site (en anglais), de la campagne de la Free Software Foundation contre les DRM.

samedi, mai 31 2008

Disparition de Dominique Autié

Dominique Autié nous a quitté cette semaine, à Toulouse, emporté par une maladie foudroyante à l’âge de 59 ans. Connu de tous, il fit preuve durant toute sa vie d’une activité entièrement vouée au livre.

Auteur, il publia des essais (Approches de Roger Caillois, Privat) puis des romans (Le clavier bien tempéré et surtout Le Bec dans l’eau aux éditions Phébus) avant de développer un blog (la place de l’auteur étant selon lui tout autant sur Internet que dans le monde de l’imprimé).

Éditeur, il dirigea les éditions Privat avant de fonder InTexte avec sa compagne Sylvie Astorg. Travaillant avec le Muséum de Toulouse, il y mena également des projets qui lui tenaient à cœur comme la parution de L’Ensemble conventuel des Jacobins de Toulouse de Maurice Prin.

Formateur, il enseigna en BTS édition puis dans le Master « Système, pratique et diffusion de l’édition imprimée et électronique » de l’université Toulouse-Le Mirail. S’étant largement impliqué dans cette formation dès sa naissance et aux cours des trois années suivantes, il fut un enseignant disponible, jamais avare de son temps, ne mesurant pas ses efforts et contribuant activement au devenir des étudiants des différentes promotions.

Rappelons enfin que Dominique, fils et petit-fils d’ouvriers typographes, a patiemment constitué, au sein des locaux d’InTexte, une très belle bibliothèque à la hauteur de sa culture du livre. Passionné par l’œuvre de Georges Bataille, dont il faisait collection, gageons qu’il a rejoint sereinement cette mort dont le philosophe français parlait avec tant de justesse.

Le rapport qu’il entretenait aux livres et à ses contenus s’apparentait à celui d’un esthète qui nourrissait une véritable « amitié » comme aurait pu l’entendre un certain Maurice Blanchot. C’est à cette amitié que nous – communauté de lecteurs – souhaitons rendre un ultime hommage par-delà les mots et où qu’il soit désormais.

Benoît Berthou, Eric et Hervé Floury

mardi, mai 27 2008

Esperluete et compagnie

Les éditions Esperluete ont rejoint Les Espaces de l'édition indépendante depuis maintenant trois semaines. Maison d'édition belge, Esperluete présente de très beaux livres à de petits prix, issus de projets entre illustrateurs et écrivains. C'est un bonheur pour Lekti-ecriture.com d'accueillir de telles maisons d'éditions, qui fait par ailleurs partie des éditeurs associés (cliquez ici pour en savoir plus). Les éditions Chandeigne, autre éditeur membre des éditeurs associés sont depuis longtemps associés au projet des Espaces de l'édition indépendante de Lekti-ecriture.com.

Le catalogue d'Esperluete est épais, il sera donc entièrement disponible à la découverte d'ici un mois ou deux. En attendant, vous pouvez voir une sélection, avec quelques titres disponibles, à l'adresse suivante : http://www.lekti-ecriture.com/editeurs/-Esperluette-.html.

Quant aux éditions Argol, elles viennent de procéder à une mise à jour majeure de leur espace, et vous pouvez découvrir leurs nouveautés à cette adresse : http://www.lekti-ecriture.com/editeurs/-Argol-.html.

Je suis par ailleurs heureux d'annoncer que l'amendement qui visait à « tuer » la Loi Lang, qui devait être présenté avec la loi de modernisation de l'économie, a finalement été abandonné. Une bonne nouvelle donc, même si l'impression demeure qu'en matière de modernisation de l'économie du livre, il est surtout question, depuis deux ans, de projets de destruction systématique d'un pan de l'économie particulièrement fragile. Et pour tous ceux qui voudraient savoir d'où est parti l'idée folle (puisque c'est bien connu, les parlementaires ont (parfois) besoin d'idées couchées par écrit par d'autres), j'invite les internautes à visiter le blog de Michel-Edouard Leclerc, qui a toujours milité, avec son enseigne, pour la disparition de la loi Lang.

Le pire reste sans doute à venir...

vendredi, mai 23 2008

Prix unique du livre ?

Nous reproduisons ci-dessous le communiqué de presse commun au Syndicat de la Librairie Française, au Syndicat National de l'Édition, et à la Société des Gens de Lettres, qui vient d'être rendu public.

Alerte sur le prix unique du livre

Dans le cadre de l'examen du projet de loi sur la modernisation de l’économie à l'Assemblée nationale, des Députés ont élaboré des propositions d’amendements visant à supprimer l’une des dispositions majeures de la loi du 10 août 1981 relative au prix du livre en réduisant de deux ans à six mois le délai durant lequel les soldes de livres sont interdits.

L'intervention de la Ministre de la culture et de la communication, Christine ALBANEL, et de ses services, ainsi que la mobilisation commune des auteurs, des éditeurs et des libraires à travers leurs organisations professionnelles (Société des Gens de Lettres; Syndicat National de l'édition, Syndicat de la librairie française) a permis d'alerter les parlementaires sur les dangers extrêmes de ces amendements et a favorisé le retrait de celui défendu par un membre du groupe UMP. Il semblerait néanmoins que le second amendement, porté par un Député du groupe « Nouveau Centre », puisse encore être maintenu malgré le vote négatif de la Commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale, ce que dénoncent avec la plus grande fermeté les auteurs, les éditeurs et les libraires.

En effet, si cette disposition était adoptée par le Parlement, elle signerait la fin du prix unique du livre et amorcerait un bouleversement total du marché du livre.

La SGDL, le SNE et le SLF rappellent que les conséquences d'une dérégulation du marché du livre seraient, en premier lieu, pénalisantes pour les consommateurs et les lecteurs. En effet, comme cela s’est vérifié à l’étranger – au Royaume-Uni en particulier où le prix unique a été supprimé en 1995 –, la dérégulation du marché du livre emporterait au moins trois effets négatifs : un appauvrissement de l’offre éditoriale, de nombreux titres ne pouvant plus être publiés par les éditeurs, une augmentation du prix moyen du livre préjudiciable au pouvoir d’achat des lecteurs, les éditeurs étant contraints de compenser le manque de recettes lié aux soldes par une augmentation globale de leurs prix et, enfin, des obstacles supplémentaires pour le public dans son accès au livre du fait de la disparition de librairies en centre-ville. Des livres en moins grand nombre, plus chers et moins accessibles, le consommateur, contrairement aux idées reçues, a tout à perdre à cette dérégulation.

Les librairies indépendantes, dont l’une des principales spécificités consiste justement à offrir au public des ouvrages de plus de six mois, ne pourraient résister à l’émergence d’un marché du solde à grande échelle dans les grandes surfaces comme sur Internet. Leur disparition serait dramatique pour la diversité de la création éditoriale et pour la vitalité des centres villes.

Les éditeurs, pour leur part, pâtiraient directement d’un report des achats de nouveautés dans l’attente des soldes, d’un « discount » sur les ouvrages du fonds de leur catalogue ainsi que de la fragilisation ou de la disparition de nombreuses librairies.

Quant aux auteurs, pour autant que le décompte de leurs droits soit praticable, ils ne mettraient pas longtemps à voir leur montant réduit à bien peu de chose : dans le meilleur des cas, l’exploitation de leurs ouvrages ne dépasserait pas la période considérée, et, le plus souvent, le public n’aurait que six mois à attendre pour acquérir un livre à un prix de liquidation. C’est dire que le système envisagé ne profiterait qu’aux auteurs de « best-sellers ».

La SGDL, le SNE et le SLF rappellent que la loi de 1981 a bénéficié depuis l’origine d’un très large consensus, parmi les professionnels comme au sein de la classe politique, la loi ayant été votée à l'unanimité, en 1981 comme en 2003 lors de son extension aux ventes aux collectivités.

Cette loi a incontestablement permis un essor du marché du livre grâce à un réseau très dense de points de vente qui garantit la diversité de l’offre éditoriale et, donc, la richesse de la création littéraire. Elle est une vraie loi de concurrence car les différents types de circuits de diffusion, des librairies indépendantes à la grande distribution, en passant par les grandes surfaces culturelles et les librairies en ligne, ont pu se développer sans que l’un de ces circuits n’écrase pour autant ses concurrents. Cette densité et cette diversité des circuits de diffusion permettent à l’ensemble des secteurs éditoriaux de trouver leur public. Enfin, le prix unique a pour autre vertu de contenir l’augmentation du prix du livre. Ainsi, les chiffres de l’INSEE montrent que, sur les dix dernières années, l’indice du prix du livre a évolué deux fois moins vite que l’indice général des prix.

La loi du 10 août 1981 sur le prix unique du livre est une loi concurrentielle et, qui plus est, anti inflationniste. Elle constitue l'une des illustrations les plus éloquentes et les plus concrètes de la diversité culturelle. La guerre des prix que certains veulent engager aboutirait à une liquidation de la culture. Les professionnels sont pleinement disposés à ouvrir la réflexion et le débat sur ce sujet avec les parlementaires mais en prenant le temps nécessaire pour mener des analyses pertinentes.

C'est pourquoi, les auteurs, les éditeurs et les libraires demandent le retrait de l'amendement sur les soldes de livres et en appellent à l'ensemble des parlementaires et au Gouvernement afin qu'ils rejettent ces tentatives de déstabilisation du marché du livre qui seraient ruineuses et irrémédiables pour l'économie du livre et pour la culture.

dimanche, mai 11 2008

La gratuite des frais de port : une prime ?

La bataille juridique autour de la gratuité des frais de port concernant la vente de livres sur Internet connaît un nouveau rebondissement avec le jugement rendu le 6 mai dernier par la Cour de cassation. Après Amazon (dont la peine avait été levée le 7 mars dernier par la Cour d’appel de Versailles), c’est ainsi Alapage qui s’active pour combattre une décision de justice favorable au Syndicat de la Librairie Française.

La clé de voûte de ce nouveau jugement semble résider dans la notion de « prime ». Celles-ci sont en effet interdites par une loi Lang jugeant que toute pratique de vente assortie d’un cadeau pourrait, si elle était généralisée, favoriser les plus gros acteurs du secteur. La Cour d’appel de Paris avait repris cette position en jugeant que la livraison gratuite était susceptible d’inciter à l’achat et s’apparentait ainsi à une prime. C’est ce que récuse une cour de cassation pour qui une prime serait constituée d’un produit ou d’un service possédant en soi une valeur marchande et qui est donc susceptible d’être acquis indépendamment de l’objet avec lequel elle est proposée. Telle ne serait pas le cas dans une librairie en ligne pour laquelle le livre constituerait la seule valeur marchande.

On le voit, le débat pose le problème des limites de ce qui est marchandise : s’agit-il uniquement du produit éditorial ou des services qui lui sont afférents ? Et ceux-ci possèdent-ils ainsi une valeur susceptible d’inciter à l’achat ? À cette dernière question, Thierry Wolton (auteur d’une violente attaque contre le SLF et pour la librairie en ligne), répondrait certainement par « oui » puisqu’il écrit : « Peu importe, l'essentiel pour moi, comme pour tous les amateurs de livres sans doute, est de pouvoir trouver quand je veux, où je veux, les ouvrages qui m'intéressent. Cette liberté-là n'a pas de prix ».

C’est bien le service (« pouvoir trouver quand je veux, où je veux ») tout autant que le livre qui possèdent ici une valeur, et nous nous situons aux antipodes d’une Cour de cassation jugeant qu’il s’agit du seul livre. Dans le même esprit, il est intéressant de visiter les pages d’accueil des sites engagés dans cette bataille juridique : si Alapage accueille le visiteur avec une voyante banderole sur laquelle figurent un poing dressé et l’inscription « frais de port en révolte », Amazon va encore plus loin en plaçant sur toute la largeur de l’écran un message plus explicite (« Livraison gratuite pour des millions d’articles »).

Existe-t-il le moindre doute quant à la fonction de ces voyants messages et peut-on réellement nier qu’ils incitent à l’achat ? La chose ne semble guère possible : ces pratiques entrent ainsi selon nous clairement dans le cadre de la « prime » et poursuivent des objectifs que rappelle judicieusement le communiqué du SLF publié ici.

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